Un an, pratiquement jour pour jour: c'est le temps qu'aura mis Ubisoft pour accoucher d'une suite à Assassin's Creed III et aux aventures de Connor. Habitué à un rythme rapide de production (en cinq années, six épisodes ont été réalisés, sans compter ceux sur consoles portables), Ubi a cette fois-ci mis le cap vers une toute nouvelle destination pour étoffer l'histoire de sa licence chérie: les Caraïbes du XVIIIe siècle.

"Une suite, seulement un an après = on prend les mêmes et on recommence?" Ce serait mal connaître la licence, qui a su au fil des épisodes apporter son lot de nouveautés et s'enrichir. Ce qui reste le véritable fer de lance de la série, et sans doute son plus beau trick pour contrer l'effet de répétitivité des suites dans le jeu vidéo, c'est sa capacité à pouvoir relancer sans cesse un fil rouge scénaristique existant depuis l'épisode uno , mais prenant place dans des lieux et périodes totalement différents à chaque nouvel opus. 

Après les terres enneigées et ensanglantées d'une Amérique en pleine révolution, c'est donc cette fois-ci dans les Caraïbes du XVIIIe que nous démarrons Assassin's Creed IV . Dites goodbye au fade Connor de l'opus précédent et, Ahoy!, découvrez Edward Kenway, le charismatique grand-père de l'Indien précédemment cité. Un changement de personnage terriblement judicieux: enfin, le héros d 'Assassin's Creed nous semble humain, singulier et vivant, avec ses propres considérations et envies -fussent-elles sanglantes ou vicieuses-, et non uniquement focalisé sur la cause des soucieux Assassins. 





Soit. Faisant fi de la terre qu'il détestait et de la femme qu'il aimait, Edward Kenway épouse une autre femme et une autre vie: désormais, il sera pirate et ne répondra plus qu'à une dame: la mer. Guidé par l'ambition, l'or et le succès, Kenway débute comme simple moussaillon, épongeant avec hargne le pont du bateau qui le transporte. Mais le destin va lui offrir un coup de pouce quand il revêtira le costume d'un Assassin ayant rendu l'âme après une violente tempête... Le prologue, interminable dans le précédent opus, a été raccourci et c'est tant mieux: s'il fallait plusieurs heures avant de jouir de la liberté d'action que la série AC offre, ici, quarante minutes suffiront pour vous évader sur les flots à bord de votre fidèle destrier... Euh, bateau.



De l'importance du paraître

C'est sans doute le point fort de cet épisode: la liberté, la mer, et l'enivrante sensation d'évasion qui en découle. Quoi de plus normal pour un jeu mettant en scène les aventures d'un pirate, certes. 
En effet, si Assassin's Creed offre, comme à son habitude, une trame principale (peinant à rester à niveau depuis quelques épisodes, soit dit en passant) mettant en scène le conflit ancestral entre les Assassins et les Templiers, AC4 se montre surtout plaisant dans l'offre des actions, lieux, et rencontres qu'il est possible de faire avec cette grande gueule d'Edward. Piller des navires, partir à la chasse à la baleine, au requin et au trésor,  travailler sans relâche à l'amélioration et la personnalisation de son navire... Évoluer dans l'univers d' Assassin's Creed n'a jamais été aussi plaisant et immersif, et l'on peut se perdre au gré des missions annexes ou secondaires sans problème, et avec grand plaisir. 



C'est certes grâce au fond, mais aussi -et surtout?- à la forme: les Caraïbes, le soleil et les femmes, que demande le peuple? Dans l'univers chaud et varié d'AC4 on se promène, sur terre comme sur mer, sur des îles qui feraient rougir la couverture d'un magasine de vacances; on sirote un rhum brun dans les ruelles chaudes de la Havane et on va courtiser les dames, épée dans le fourreau, de Nassau, la résidence secondaire de tout pirate digne de ce nom.

Visuellement, c'est une réussite: la variété, la chaleur des décors et l'immensité de la carte font plaisir à voir. Après l'époustouflant GTAV, Assassin's Creed IV offre un bien beau baroud d'honneur aux plus-tellement- next-gen PS3 et Xbox 360 (nous n'avons malheureusement pas pu tester les version PS4 et Xbox One). Même si on déplorera, encore et toujours, bugs et problèmes de collision. On vous rassure tout de même: de vrais efforts ont été fournis, et on est loin de la myriade de problèmes techniques que rencontrait Connor dans Assassin's Creed III . Mais pour un jeu qui mise énormément sur son ambiance, c'est le genre de petit détail qui peut pourrir un rêve virtuel éveillé.



Sur terre comme sur mer

Plus que jamais, Assassin's Creed tend à s'étoffer et à évoluer, offrir de nouvelles expériences au joueur. Ainsi, nous avons connu l' Assassin's Creed originel, celui des infiltrations et des assassinats, l' Assassin's Creed multijoueur, celui de l'excellent mode Meute et qui se poursuit toujours (multijoueur par ailleurs amélioré et bien plus paramétrable qu'avant); voici maintenant l'Assassin's Creed maritime, celui de la vie en mer, du marin naufragé à l'abordage sanglant. 

Si Edward Kenway est le personnage principal de cette aventure, le second rôle, c'est définitivement le Jackdaw, le bateau du dit héros. L'aventure en mer et dans ses environs est clairement mise en avant dans cet épisode. L'assaut d'un navire se fait maintenant avec de nombreuses armes sur le bateau ( customisable à souhait) et lors de sanglants et épiques abordages. Il faut le vivre, cette attaque de galion espagnol en pleine tempête, où après avoir asséné l'ennemi de nombreux coups de canon et mortier, on arrive, sabre entre les dents sur le ponton du bâtiment adverse, prêt à en découdre avec le capitaine et ses occupants! Puis reprendre la route paisiblement vers d'autres aventures, la fin de journée adoucie par votre victoire, le coucher de soleil, et le chant mélodieux et fraternel de vos marins...


Sur terre, l'aventure Assassin's Creed se poursuit, avec ses qualités et ses défauts. S'il est toujours aussi grisant d'escalader point d'observation, montagnes et mâts de navire, et les combats toujours plus épiques, on regrette toutefois une IA un peu trop automatisée lors des phases d'infiltration ( Dishonored  de Bethesda, dans le même genre, offrait de bien meilleures sensations), ou un free run pas toujours bienvenu, surtout lors d'une course poursuite dans des ruelles étroites et sales, grouillantes d'habitants... 


Conclusion

La licence Assassin's Creed garde encore une fois la tête haute avec cet opus. Après Altaïr, Ezio, Connor, faites place à Edward! Fins entertainers , les développeurs d'Ubisoft rendent leur bébé chaque fois toujours un peu plus ludique, toujours un peu plus beau, toujours un peu plus complet . Diversifié, amusant, enivrant: Assassin's Creed: Black Flag sera l' Assassin's Creed du fun et de la liberté ou ne sera pas. Quitte à délaisser peu à peu l'âme originelle de la série? Apparemment, ça ne lui réussit pas trop mal.