On pourrait croire que les personnes âgées constituent une catégorie à risque parmi les conducteurs et que les assureurs en responsabilité civile (RC) auto leur réservent un sort peu enviable. Or, des enquêtes menées par l'Institut belge pour la sécurité routière (IBSR) et la KUL (katholieke universiteit Leuven) conduisent à nuancer fortement cette idée reçue.

Selon l'étude de l'IBSR, dont le porte-parole Werner De Dobbeleer a présenté les grandes lignes jeudi à l'occasion d'une conférence de presse chez les AP (Dexia), les personnes âgées de plus de 65 ans représentent 8 pc des victimes de la route. Mais ils sont surreprésentés parmi les personnes décédées (17,2 pc) et les blessés graves (10,8 pc) sur la route. Faut-il en conclure qu'ils sont plus dangereux en voiture ? Non, car beaucoup de seniors qui décèdent dans un accident de voiture sont des passagers (16,8 pc des passagers décédés), voire de piétons (50 pc de tous les piétons victimes de la route !). Dans la catégorie des conducteurs, ils représentent encore toutefois 12,8 pc du total.

L'enquête montre que le risque d'accident s'accroît à partir de 75 ans. Pourquoi ? Pas tellement parce qu'ils seraient de mauvais conducteurs. Par contre, leur vulnérabilité est plus élevée que leurs cadets : leurs os sont plus sensibles et leur système cardio-vasculaire moins solide. Bien entendu, les problèmes de vue, de moindre capacité de réaction, d'audition défectueuse et de concentration amoindrie sont également la cause du plus grand nombre d'accidents impliquant les aînés. Mais l'étude met aussi en évidence les aspects positifs de l'âge des seniors. « Ils ont davantage conscience de leurs propres limites, leur expérience leur permet d'anticiper les dangers, ils sont plus respectueux du code de la route », a notamment relevé Werner De Dobbeleer.

L'étude de la KUL abonde en ce sens. Après avoir examiné les impacts positifs et négatifs du veillissement du conducteur sur son comportement sur la route, elle dresse un constat : le veillissement se traduit par une grande variabilité au sein de la population. « Les seniors ne sont pas un groupe homogène », affirme le professeur Jan Pauwels de la KUL, qui a présenté cette enquête hier après celle de l'IBSR. « Il faut en tirer les conclusions pour la prévention des accidents de la route », a-t-il ajouté. Et de citer les solutions envisageables : renforcement de la sécurité dans les véhicules mais aussi entretien de la condition physique et des facultés mentales chez les seniors. Mais parfois, il faut aussi se résoudre à arrêter de conduire, a conclu le professeur Pauwels, quitte à rédiger une sorte de testament du conducteur, où ce dernier confie à une personne de confiance le soin de lui signifier l'interdiction de continuer à conduire afin de préserver sa sécurité, dans le respect de sa dignité.

Autant d'indications utiles pour les assureurs qui, sur base de ces constats, ne peuvent raisonnablement pas (ou plus) se baser uniquement sur l'âge des conducteurs pour refuser de les assurer. En l'occurrence, la compagnie « Les AP » (groupe Dexia) a lancé hier sa « garantie mobilité », un engagement que l'assureur prend vis-à-vis de ses assurés les plus âgés. S'ils étaient sous contrat RC auto chez les AP avant 55 ans, la compagnie leur garantit qu'à partir de 60 ans, ils pourront rester assurés toute leur vie chez les AP. Sauf s'ils ont eu trois accidents en tort entre 55 et 60 ans sur une période de trois années consécutives. Et à moins qu'ils soient retrouvés en état d'ébriété, qu'ils soient pris en délit de fuite ou qu'ils soient déclarés physiquement incapables de conduire.

L'idée n'est pas neuve. « Les assureurs ne résilient plus de polices RC auto uniquement sur base du critère de l'âge », dit-on chez Assuralia. « En cas de doute sur les capacités physiques du conducteur, les compagnies demandent généralement la production d'un certificat médical attestant de la capacité à conduire. Mais une pointe dans la fréquence des accidents encourus par une personne âgée ne suffit pas à résilier son assurance. »

D'autres assureurs que les AP offrent une protection similaire pour les aînés. Chez KBC, par exemple, on propose depuis novembre 2003 une couverture à vie pour les conducteurs âgés. « Cette garantie à vie est octroyée aux clients qui, entre 50 et 65 ans, démontrent leur prudence au volant », explique KBC dans son communiqué de l'époque. L'assureur dispose toutefois d'un « droit de recours lui permettant de résilier cette garantie à vie en cas d'ivresse au volant par exemple ». KBC assure en outre ne pas compenser cet avantage par un tarif plus élevé pour les personnes âgées. Autre exemple : Fortis s’engage à ne jamais adapter ou résilier un contrat d'assurance RC auto, quel qu’en soit le degré bonus-malus, uniquement parce que le conducteur aurait atteint un âge déterminé. Et l'assureur de rappeler que les bons conducteurs peuvent descendre jusqu'à un bonus-malus de - 2, lequel sera alors maintenu à vie, même en cas d'accidents ultérieurs.

Bref, loin de condidérer les personnes de plus de 65 ans comme des dangers au volant, les assureurs les dorlotent. Et si l'aptitude physique fait défaut, des solutions s'ouvrent aux conducteurs, telles qu'un stage au Cara (le centre d'aptitude à la conduite et d'adaptation des véhicules de l'IBSR), où l'on peut bénéficier d'une formation à une conduite assistée.