A l’instar du système bancaire, l’association internationale des contrôleurs d’assurance va publier, en 2013, une liste des assureurs qu’elle considère comme "systémiques". Ceux-ci se verront alors imposer des normes de surveillance plus strictes. Le risque systémique se définit comme le risque qu’un événement, par exemple une faillite, puisse provoquer des pertes pour l’économie réelle ou induire une contagion de crise d’une entreprise à une autre.

Cette notion, étudiée et reconnue dans le système bancaire, est plus neuve dans le domaine des assurances. Les raisons en sont multiples. Tout d’abord, l’importance et l’intégration des assureurs au sein du système financier global sont plus récentes. De plus, le risque systémique est, par définition, plus présent en banques de par leur rôle direct dans l’économie réelle, notamment via les prêts aux particuliers, aux entreprises ou aux autres institutions financières.

On a vu les conséquences qu’a pu avoir la faillite de Lehman Brothers sur le système financier mondial. C’est pourquoi les banques de taille ou d’importance plus conséquente pour l’économie, dites "systémiques", font l’objet d’une attention spéciale de la part des instances mondiales de contrôle. Elles ont ainsi émis une liste des banques systémiques. D’ici quelques années, celles-ci se verront notamment imposer un capital réglementaire additionnel, ce cousin financier de sécurité que les institutions financières doivent détenir pour parer à d’éventuels problèmes financiers.

Même si le risque systémique est moins important en assurance, le secteur a connu un développement et une importante refonte durant les 20 dernières années. Premièrement, le secteur s’est fortement développé, essentiellement en assurance-vie. Les assureurs gèrent des montants financiers colossaux. Par exemple, ils sont devenus les premiers investisseurs sur le marché européen des actions.

Deuxièmement, les liens sont plus étroits entre banques et assureurs : bancassurance, participation croisée ou via certains produits financiers comme les CDS, Credit Default Swap, ces assurances contre le risque de défaut d’un émetteur de dette. Au sein d’un bancassureur, une crise dans le pôle assurance pourrait se répercuter sur tout le groupe.

Troisièmement, on a assisté à une internationalisation du secteur. Des groupes comme Axa ou AIG sont présents sur tous les continents. Le risque potentiel de contagion de crises entre pays ou entités d’un même groupe devient de facto plus présent.

Le groupe AIG est sûrement l’exemple le plus flagrant de cette notion de risque systémique. L’assureur américain a bien failli mettre en cause la solidité du système financier au moment de la crise des "subprimes". Une activité, en particulier, a été à l’origine de la quasi-faillite d’AIG : AIG Financial Product, une entité non régulée du groupe, qui vendait des CDS aux autres institutions financières. Juste avant son sauvetage par le gouvernement américain, cette entité avait vendu pour plus de 300 milliards de dollars de protection à des banques européennes. Une faillite d’AIG aurait donc plus que probablement affecté le secteur bancaire dans son ensemble. De plus, la majorité de la dette d’AIG était détenue par des banques.

Si le consensus existe sur un risque systémique plus faible et dû, notamment, à des activités non assurantielles, il n’en est pas absent pour autant. C’est pourquoi les instances régulatoires mondiales et européennes réfléchissent à la place de ces assureurs systémiques dans les projets de régulation.

Au sein du futur système européen de régulation des assurances, Solvabilité II, une entité comme AIG Financial Product sera contrôlée. Solvabilité II se laisse également la possibilité d’augmenter le capital réglementaire si un risque n’est pas bien pris en compte. On pourrait, dès lors, imaginer une contrainte financière plus importante pour les assureurs systémiques. De même, les groupes financiers européens - qui mixent activité bancaire et assurance - vont se voir imposer des normes plus strictes. Ce qui engendra inévitablement des coûts supplémentaires pour ces entreprises. C’est pourquoi la notion de groupe ou d’assureur systémique est d’une importance cruciale pour les régulateurs et le secteur des assurances.