Un seul sujet a forcément dominé tous les autres hier lors du 7e conseil des ministres franco-allemand : la crise chez Airbus. Le président français Jacques Chirac et la chancelière allemande Angela Merkel se sont en effet penchés sur les conséquences de la restructuration à venir du géant européen de l'aéronautique, sujet forcément sensible en termes de retombées sociales dans les deux pays.

On le sait, Airbus est maintenant piloté par Louis Gallois (lire par ailleurs) qui a pris les commandes après le départ dans le courant de cette semaine de Christian Streiff qui en l'espace de trois mois a tout juste eu le temps de concocter un plan de restructuration baptisé "Power 8". Plan de restructuration qui passera par une rationalisation des outils de production, un recours accru à la sous-traitance et des économies de 5 milliards d'euros d'ici 2010.

Une thérapie de choc qui vise à remettre Airbus sur la bonne piste alors que le géant européen traverse une zone de turbulences inédite, dont les retards de livraisons de l'A 380 (lire par ailleurs) constituent l'illustration la plus visible.

Hier, Jacques Chirac et Angela Merkel ont clairement donné leur soutien au plan de restructuration en cours. Mais en plaidant dans le même temps pour une "répartition harmonieuse" des efforts à consentir entre la France et l'Allemagne. Traduction : pas question de sacrifier, même partiellement, Toulouse au profit de Hambourg ou l'inverse.

A une encablure des élections présidentielles françaises, la question est évidemment hautement sensible dans l'Hexagone. En Allemagne aussi où les rumeurs laissent entendre que cinq usines sont menacées et que d'importantes suppressions d'emplois sont inévitables.

Hier, la perspective de voir l'Etat allemand devenir à terme actionnaire d'EADS, maison-mère d'Airbus, a d'ailleurs gagné en consistance. Le maire de Hambourg, Ole von Beust, avait annoncé la chose comme acquise mais Angela Merkel s'est contentée d'un très prudent : "Je n'exclus rien". L'Allemagne n'est présente dans le capital d'EADS qu'au travers du géant automobile Daimler-Chrysler mais ce dernier devrait ramener sa participation de 22,5 pc à 15 pc. "S'il devait y avoir des nouvelles cessions d'actions [...] l'essentiel est que nous ayons des investisseurs fiables sur le long terme qui se sentent engagés par le projet", a encore déclaré Merkel.

Bref, France et Allemagne entendent rester sur un pied d'égalité au sein d'EADS et donc d'Airbus. Avec le risque que cette volonté politique parasite la restructuration à venir ? Réponse dans les prochains mois...

© La Libre Belgique 2006