Entreprises & Start-up

Les ancêtres automobiles sont devenus un formidable marché pour les collectionneurs, les marchands, mais aussi les constructeurs. Inspiré par les initiatives de Porsche, Ferrari, Mercedes ou Jaguar, Abarth authentifie depuis peu ses voitures anciennes dans l’usine Mirafiori à Turin. L’activité va s’étendre à Lancia et au groupe FCA pour prendre les allures d’un «FCA Classiche».


 
Nous sommes à Turin, capitale de l’ancien groupe Fiat devenu FCA (Fiat Chrysler Automobiles) et plus précisément à Mirafiori, une des usines phares qui a vu naître les Fiat 600, 850, 124, 127 ou 131 et a employé jusqu’à 50.000 personnes dans les années 70. C’est ici, en février 2008, que Fiat a ré-ouvert symboliquement l’atelier 83 pour accueillir un nouveau centre Abarth, entre évocations du passé et projets futurs. La formidable histoire d’Abarth, on la soupçonne à travers une 124 Spider Rally 1800, un prototype 750 Record Bertone ou la monoplace 1000 de 105 ch et 500 kg qui a incité Carlo Abarth, alors âgé de 57 ans, à perdre 30 kg pour battre à Monza un record d’accélération ! Le long des murs sont rangés des caisses en bois rappelant les kits de pièces Abarth d’autrefois, non loin de la reconstitution du bureau de Carlo Abarth entouré de photos. Sur l’une d’elles figurent plusieurs pilotes dont Paul Frère associé à un des records au volant de l’Abarth 750 Bialbero.

Des allures de clinique

Jouxtant l’officine Abarth, le département mécanique a des allures de clinique, tant les anciens halls réaménagés sont aussi peu encombrés que propres, au milieu de hauts murs peints en blanc et rouge, couleurs de la marque au scorpion. Un premier atelier est consacré à des adaptations de versions Abarth sur base de modèles produits en Pologne à Tychy (500) ou chez Mazda à Hiroshima (cabriolet 124 dérivé de la MX-5). Le jour de notre visite, non loin de 595 testées en vue de développements futurs, trois techniciens sont plongés dans le moteur de deux 124 Abarth destinées au Rallye de Monte-Carlo. Quarante ans après sa dernière apparition sur les routes du Monte, la 124 Abarth y revient en ce mois de janvier.
Tout à côté, proches de machines-outils dernier cri et de pièces de rechange, une Ritmo, une 124 et une 131 ex-Markku Alen sont en chantier chez «Abarth Classiche», le département créé en novembre 2015 pour authentifier les anciennes Abarth, assainir le marché et… rentabiliser l’activité. «Quatre-vingt voitures ont été certifiées à ce jour, commente Fabrizio Simoni, Racing & Direct Marketing Manager. Elles couvrent une grande variété de modèles, de la 124 à la 1000 Rekord appelée «Princesse» jusqu’à l’Autobianchi A112. Pour chaque voiture, nous réalisons un cahier personnalisé reprenant l’historique du véhicule, son palmarès sportif, les photos du travail effectué et le certificat de qualification des différentes parties mécaniques (moteur, transmission, échappement et suspensions). On y joint une plaquette métallique d’identification».

La priorité reste l’authentification

En support de cette certification, Abarth Classiche utilise l’archivage et la digitalisation en cours de tous les modèles et fait appel à des spécialistes de la marque et à une commission technique qui s’appuie sur les spécifications Abarth et les conseils de l’ASI (Club italien des voitures historiques) et de la FIVA (Fédération Internationale des Véhicules d’Epoque). La restauration n’est en revanche pas à l’ordre du jour.
«À l’exception de quelques petites réparations, les voitures qui arrivent ici sont en bon état et, au besoin, nous disposons des dessins des parties techniques utiles pour reconstruire des pièces. Mais la priorité reste l’authentification».
À quels prix ? Ils ne sont pas précisés, et Fabrizio Simoni se retranche derrière un travail à la carte. «Tout dépend de la demande du client, s’il souhaite une identification simple ou s’il y a des recherches historiques à effectuer, voire des réparations ou une reconstruction (6 Abarth ont été restaurées cette année). De toute façon, nous pratiquons la transparence avec des prix proportionnels à la valeur de la voiture. Nous ne sommes pas chez Ferrari! Et bien sûr, les modèles sont refusés s’ils ne disposent pas des composants d’origine».

Un nouveau département Lancia Classiche

Aujourd’hui, Abarth Classiche fonctionne en mode artisanal avec une équipe formée notamment d’anciens mécanos de course (3 personnes pour la certification, 4 pour la recherche historique, le marketing et la commercialisation). Mais l’objectif à terme est plus ambitieux grâce à la formation de jeunes mécanos et au lancement récent de Lancia Classiche. Si les activités d’Alfa Romeo resteront basées à Arese qui accueille un musée rénové, les autres marques de FCA Classiche vont s’installer dès cette année à Mirafiori où la restauration est appelée à se développer.
Dans l’immédiat, comment peut-on résumer l’esprit d’Abarth Classiche né de la belle aventure de Carlo Abarth? «Abarth, ce sont d’abord les performances, répond Fabrizio Simoni. Elles ne se limitent pas à la compétition et englobent toute l’approche de notre travail. C’est ensuite l’artisanat, le savoir-faire, le génie de tout mettre à la bonne place avec sa tête et ses mains. C’est enfin le souci de toujours faire mieux afin de transformer une voiture à usages multiples en un modèle unique destiné à des passionnés».
Désireux de perpétuer les traditions, Abarth, qui propose déjà des kits destinés aux 500 Abarth actuelles et leur donnant parfois les allures de vraies voitures de rallye, étudie la commercialisation de kits pour les voitures classiques. «Cela se fera dans le respect de l’histoire de la marque et d’une certaine philosophie de la restauration». Mopar, capable de reproduire les pièces d’origine d’anciens modèles, devrait être le partenaire naturel. Tous les clients de la marque sont invités à adhérer au club «Scorpionship» (scorpionship.abarth.com).

BREVES

«Carlo Abarth symbolisait la verve et l’esprit de conquête.»

Ancien de Lancia Corse, Maurizio Zarnolli a passé 18 ans dans les entrailles du sport automobile dont 4 ans dans le championnat du monde d’endurance. Il a aussi approché le monde des motoristes en F1 et en Formule Indy et roulé sa bosse en rallye à l’époque des Fiat 131 et Lancia Stratos et Delta. Une vie de technicien bourlingueur qui l’a aussi amené en Belgique. Après avoir longtemps côtoyé Carlo Abarth, Zarnolli est aujourd’hui maître des lieux dans les ateliers d’Abarth Classiche. Que lui inspire l’homme dont le nom est omniprésent à Mirafiori? «Pour moi, Abarth symbolisait la verve, l’exigence et l’esprit de conquête. C’était un homme exceptionnel et perfectionniste qui a eu la chance de réaliser tous ses rêves». Pourrait-on l’imaginer dans le sport automobile actuel? «Tout est différent et on voit mal comment transposer la gamme des échappements qui l’a fait connaître»!

Carlo Abarth
Carlo Abarth © Abarth


Des versions Abarth multiples.

Depuis le lancement à l'automne 2008 de la nouvelle 500 Abarth en trois versions de 135 ch, 160 ch ou 190 ch, Fiat a multiplié les variantes dont, au printemps 2010, le modèle sportif dérivé de la 500C découvrable. Apparaîtront ainsi les 595 Turismo, 595 Competizione, 500 esseesse, le kit Abarth Elaborazione 595, le kit 695 Brembo Koni, la 695 Edizione Maserati (499 exemplaires), la 595 50e anniversaire (299 exemplaires), la Cabrio Italia, la 695 Tributo Ferrari, la Assetto Corse ou la ZeroCento 7. Autant d’innovations qui vont servir l’image d’une 500 dont la production prévue de 120.000 unités par an va flirter parfois avec les 200.000 exemplaires. Cette année, la gamme est élargie grâce à la nouvelle 124 Spider Abarth complétant l’adaptation esthétique très réussie de la MX-5 japonaise, en plus de la nouvelle Abarth 595 proposée en berline et cabriolet, avec différentes motorisations dérivées du moteur 1.4 T-Jet.

RENCONTRE

L’expérience mémorable d’un Belge, Pascal Ickx, directeur sportif adjoint chez Abarth.

En juin 1962, le championnat d'Europe des Rallyes bat son plein et l’Equipe Nationale Belge (ENB) y a engagé deux Mercedes 220 SE. Au retour de l’Acropole, Mauro Bianchi, chef essayeur et pilote d'usine chez Abarth, invite Pascal Ickx à participer au Tour de France Automobile sur une petite bombe blanche, une Fiat Abarth 850 TC (Turismo Competizione). L'invitation se traduit en septembre par une victoire au classement général à l'indice de performance qui donnera naissance à la 850 TC «Tour de France». En automne de la même année, Mauro Bianchi fait savoir à Pascal Ickx qu’Abarth cherche un directeur sportif adjoint et qu’il est prêt à le présenter au boss. Le 1er mars 1963, l’aîné des frères Ickx entre chez Abarth au numéro 38 du Corso Marche à Turin. Il y retrouve Mauro Bianchi, mais aussi Teddy Pilette.
«Mars et avril seront deux mois intenses de préparation, se souvient aujourd’hui Pascal, heureux retraité et grand-père qui vit à Metz en Lorraine. Il m’a fallu maîtriser l'Italien d'une manière professionnelle, connaître les personnes-clés de la maison, fréquenter régulièrement les ateliers et bancs moteurs et apprendre à gérer matériellement quatre à sept voitures de tourisme et de grand tourisme. Un dossier par course. Un dossier par voiture. Un dossier par pilote». Suit une saison intense à la tête de la squadra B des voitures de tourisme et des GT avec, parfois, quatre à cinq courses en un week-end.
«De mai à septembre, nous remportons 25 victoires signées par Hans Herrmann, Teddy Pilette, Lucien Bianchi et Eberhard Mahle. Entre les courses, il faut rendre compte de l'activité et recevoir les directives du responsable du service courses, le Dr Renzo Avidano, lequel a la charge de la Squadra A, celle des voitures «sport» et des GT préparées pour les championnats internationaux. Nous gérons aussi une semaine de tentative de records à Monza avec le Coupé Fiat 2300S (18 records) et renforçons occasionnellement l'équipe dédiée aux essais des 2300S avant leur livraison. Soit quatre cents kilomètres par jour dont deux cents sur autoroute à 220 à l'heure».
Cette année-là, les voitures Fiat-Abarth remportent mille deux cents cinquante victoires (!) et il est important que chacune d'elles soit portée à la connaissance des médias et aussi de la Fiat par une fiche d'information qui a été mise au point avec cette dernière. «Mais peut-être ai-je oublié l'essentiel, ajoute le pilote et directeur sportif qui, deux ans plus tard, remportera les 24 Heures de Francorchamps sur une BMW partagée avec Gérard Langlois van Ophem. Le 18 mars de la même année, une jeune femme de vingt-deux ans rejoint Abarth. Régente de formation, elle vient chercher chez Abarth une vie d'entreprise plus rude et plus authentique en tant que bras droit de la Signorina Evangelina Isandoro, la secrétaire de Carlo Abarth. En 1964, elle deviendra ma femme, pour toujours».

Abarth 850 TC Interview P. Ickx
Abarth 850 TC Interview P. Ickx © Abarth


CONTACT

L’Abarth 595 Competizione, joueuse et mélodieuse

Il y a d’abord le look de cette puce hors du commun (180 chevaux tirés d’un moteur 1.4 turbo!): à l’extérieur, ailes bombées, boucliers avant et arrière plus agressifs, phares au xénon, pneus taille basse, jantes noires de 17 pouces ajourées avec vue sur les gros freins (étriers à 4 pistons de série combinés à des disques perforés et ventilés) et mentions Abarth sur les flancs d’une carrosserie bicolore rouge et noire. L’intérieur est à l’envi avec les hauts sièges Abarth de type baquet, le (très) gros volant en cuir, les finitions en métal, en alcantara ou en carbone, la planche de bord noir mat et, face au conducteur, le gros cadran qui, moyennant une pression sur le bouton sport, change de look, en harmonie avec un comportement plus dynamique (accélérations plus vives, augmentation du couple et raidissement de la direction plus précise).
Moteur! Le bruit rauque en provenance des 4 sorties de l’échappement Record Monza est unique et confère à ce petit moteur 1.400 T-Jet des allures de V8. On achèterait la 500 Abarth Competizione rien que pour lui! Au point mort, il s’accompagne d’une légère vibration dans le volant, comme si la bête était prête à bondir. Par respect pour la mécanique, on lui laisse le temps de monter en température avant de tenter un premier coup d’accélérateur qui affole le système anti-patinage sur une route humide. En mode sport, le moteur accepte de grimper jusqu’à 6.000 tr/min. On comprend que la «competizione» au rapport poids/puissance de 5,8 kg/ch (0 à 100 km/h en 6,7 s) et associée en option à un autobloquant mécanique, est prête à glisser de partout. Malgré les assistances rassurantes, les lois de la physique ne sont pas sans limites et mieux vaut s’adonner à ce petit jeu sur un circuit fermé.
À un rythme plus sage, le couple de 250 Nm permet de conserver le cinquième rapport au-dessus de 2.000 tr/mn. Conduite avec modération, cette sportive serait presque une 500 comme une autre, en dehors de son look agressif, d’une suspension logiquement ferme, de son bruit mécanique incomparable et d’une consommation flirtant aisément avec les 10 l/100 km et bien au-delà si on la sollicite de manière intensive. Une 500 Abarth joueuse donc, proposée à un prix élevé dans l’absolu (à partir de 25.000 €), mais qui donne accès, comme son nom l’indique, à une vraie conduite sportive. À consommer avec modération.

Abarth 595 Competizione 01
Abarth 595 Competizione 01 © Abarth