Automobile: l'alliance du siècle?
© AP

Entreprises & Start-up

Automobile: l'alliance du siècle?

V.S.

Publié le - Mis à jour le

Kirk Kerkorian peut se féliciter d'avoir atteint son premier objectif: le projet d'alliance entre General Motors (GM) et le duo Renault-Nissan est désormais très officiellement et très sérieusement à l'étude. En fin de semaine dernière, le célèbre milliardaire américain, actionnaire de GM à près de 10 pc via la société Tracinda, avait lancé ce scénario, invitant le géant de Détroit à ouvrir rapidement le dossier.

Lundi matin, Nissan, partenaire de Renault depuis la fin des années 90 via un système de participations croisées (NdlR: Renault détient 44,4 pc de Nissan tandis que ce dernier possède 15 pc de son partenaire français) a été le premier à réagir: «Le conseil d'administration a approuvé le fait que Nissan poursuive des discussions exploratoires concernant une possible alliance avec GM, à condition que GM appuie et entérine les propositions faites par ses actionnaires. Le conseil d'administration a délégué tous les pouvoirs nécessaires à Carlos Ghosn (NdlR: qui veille aussi aux destinées de Renault) pour conduire toute discussion et négociation sur ce sujet.» Hier, en début de soirée, le conseil d'administration de Renault lui emboîtait le pas, se disant prêt à étudier le projet si... GM le proposait.

Participations croisées

A ce stade, les protagonistes ne se prononcent pas sur l'ampleur, les modalités et les objectifs d'un éventuel ménage à trois qui occuperait une position de leadership sur les trois grands marchés du monde, l'Amérique, l'Europe et l'Asie. Un mastodonte qui afficherait une production annuelle de 15 millions de véhicules et pèserait un quart du marché mondial. En coulisses, on parle cependant de participations croisées entre GM et Renault-Nissan, ces derniers prenant, à parts égales, 20 pc du capital du numéro un mondial de l'automobile.

En crise et en passe de perdre son leadership mondial au profit de Toyota, fragilisé par des performances opérationnelles médiocres et par une concurrence toujours plus rude des berlines japonaises, GM -embarqué dans un plan de restructuration de très grande ampleur avec la perte programmée de 30 000 emplois outre-Atlantique- pourrait être tenté de jouer la carte d'une grande alliance avec Renault et Nissan. L'un des trois «Big Three» de Detroit pourrait ainsi bénéficier du talent de redresseur d'entreprises de Carlos Ghosn, grand artisan du sauvetage de Nissan et véritable héros au pays du Soleil Levant. Et gagner -grâce à l'effet taillé généré par une alliance d'une ampleur inédite dans l'industrie automobile- un pouvoir de négociation supplémentaire par rapport aux sous-traitants et producteurs d'acier, eux aussi sur la voie d'une consolidation croissante dans le sillage de l'opération de rapprochement entre Mittal et Arcelor.

L'intérêt de Renault et de Nissan dans l'aventure? Il semble nettement moins évident. Certains observateurs mettent en avant le ralentissement de la croissance du marché américain de l'automobile et le fait que Renault, lui aussi en phase de restructuration, n'a rien à gagner à hériter des problèmes de GM. Les précédentes tentatives peu concluantes de partenariat initiées par GM (Fiat, Suzuki, Subaru) ne plaident pas non plus en faveur du scénario d'une grande alliance automobile.

© La Libre Belgique 2006

A lire également

Libre ECO

Immobilier pour vous