La Reva traverse les mêmes épreuves que la Smart il y a quelques années. Trop petite, trop basique, trop chère, pas assez sécurisante, tout est bon pour alimenter le scepticisme à son encontre ", constate Arnaud de Viron, administrateur-délégué de Green Mobil, la société chargée d'importer la Reva au Benelux.

Depuis la mi-janvier, cette petite indienne 100 pc électrique est en vente sur le sol belge. Le business plan initial prévoyait 150 ventes par an. On en est à trois exemplaires en trois mois... Qu'est ce qui peut expliquer une telle panne ? La voiture électrique est-elle condamnée au statut de gadget ? Il y a dix ans, tout le monde était de cet avis.

Aujourd'hui, le problème est ailleurs : "L'électrification du transport routier ne requiert aucune infrastructure nouvelle. La technologie est déjà commercialisée et l'urgence environnementale a fortement changé les mentalités. Près de 85 pc du parc automobile américain, soit 198 millions d'unités, pourrait être remplacé par des véhicules hybrides. Et cela sans devoir créer de nouvelles centrales pour fournir le surplus d'électricité nécessaire" , note Gary Kendall, expert en énergie chez WWF et auteur de l'ouvrage "Plugged in - the end of the oil age".

L'alternative est donc jouable. Les modèles hybrides, de plus en plus mis en avant par les constructeurs, en sont une illustration, tout comme Reva, premier producteur mondial de voitures électriques.

Le modèle commercialisé chez nous traduit une demande de voitures de plus en plus forte au sein des économies émergentes. "D'ici 25 ans, le nombre de véhicules routiers en circulation aura doublé" , craint Gary Kendall. Il y a aujourd'hui 800 millions d'unités en circulation...

En Belgique, la Reva possède plusieurs atouts pour séduire un public potentiel qu'Arnaud de Viron qualifie de "citadin et responsable". Le "plein" d'électricité coûte environ 1,5 € et fournit de quoi rouler une bonne cinquantaine de kilomètres. La Reva consomme un euro aux 100 kilomètres et ne requiert qu'un entretien limité comparé aux voitures à essence.

Sans prime, pas de ventes

Le hic financier, c'est le prix d'achat : 12 350 € hors TVA. Soit autant que de nombreux petits modèles à essence, plus rapides et plus confortables. Selon les experts, ce sont les batteries, encore onéreuses, qui expliquent en grande partie la facture d'une auto électrique. Cette situation évoluera peu à peu, notamment via des incitants fiscaux.

Car là se situe tout le problème de la Reva belge : puisqu'elle est assimilée à un quadricycle et non à une voiture, elle n'est pas concernée par la prime fédérale de 15 pc octroyée sur le prix des autos "vertes". "C'est chaque fois l'argument qui fait capoter la vente , déplore Arnaud de Viron. Personne ne comprend pourquoi la Reva ne reçoit pas cette prime, qui nous permettrait de vendre sous le seuil des 10 000 €. Nous avons besoin des autorités compétentes."

Vu le manque de répondant de la part de ces dernières, Green Mobil s'apprête à déposer une question parlementaire pour faire bouger la législation. La catégorisation des véhicules relève du niveau européen. Une voiture aussi propre que la Reva pourrait d'ailleurs prétendre à un bonus fiscal supplémentaire vu ses performances.

A Londres, l'aide des autorités (bornes de rechargement, taxes sur les voitures à essence) a donné ce coup de pouce si important pour lancer les ventes et changer les comportements d'achat. En Belgique, l'aide se fait attendre. Reste une note d'optimisme : plusieurs années après sa mise en circulation, la Smart a vaincu les septiques et se vend mieux que jamais...