La bataille pour le contrôle du groupe Suez est une lutte pour un marché des services à l'environnement en pleine croissance. C'est aussi un bras de fer entre plusieurs patrons à forte personnalité.

Jean-Pierre Clamadieu, président d'Engie

Une fois la directrice générale Isabelle Kocher débarquée, le président d'Engie a tranché le sort de la participation du groupe dans Suez: les 32% seront vendus, pour permettre au conglomérat de se recentrer sur ses métiers de l'énergie.

Ce patron de 62 ans, issu de l'école des Mines et venu de la chimie (où il a vécu l'OPA de Solvay sur Rhodia), assure avoir prévenu dès 2019 la direction de Suez d'une possible sortie de son actionnariat.

A "mon ami" Philippe Varin, président de Suez, "j'ai dit Philippe, +il faut que tu te prépares à cela", a-t-il déclaré aux députés.

Philippe Varin lui reproche aujourd'hui son empressement. Mais sans contre-offre aussi avancée, celle de Veolia "a le mérite d'être simple": ferme et immédiate, dit Jean-Pierre Clamadieu.

Antoine Frérot, PDG de Veolia

Juste un mois après l'annonce par Engie de son intention de vendre, le patron du numéro un mondial de l'eau et des déchets lance son raid sur Suez, dimanche 30 août.

Sous ses airs placides, Antoine Frérot ne peut laisser filer l'occasion: réaliser le vieux rêve d'une union entre frères ennemis pour créer "un champion mondial".

A 62 ans dont 30 chez Veolia (ex-Compagnie générale des eaux), ce polytechnicien, ingénieur des Ponts, eaux et forêts, en a gravi les échelons, résistant à un conflit larvé avec son prédécesseur Henri Proglio puis à une tentative de putsch. Dans les années 2010, il restructure le groupe.

Si Antoine Frérot menait à bien l'opération Suez, il réussirait un coup maintes fois tenté. Notamment en 2006 par Henri Proglio, alors allié à l'italien Enel.

Bertrand Camus, DG de Suez

Ce jeune dirigeant de 53 ans, ingénieur des Ponts et chaussées, est un pur produit de son groupe où il est entré en 1994. "Après 25 ans de carrière" à l'international et à la tête de la branche Eau France, "je connais intimement nos métiers, nos clients, nos équipes", dit-il.

En mai 2019, il a pris les rênes de Suez, tournant une page de plus de dix ans de gestion du duo Gérard Mestrallet/Jean-Louis Chaussade.

Fin 2019, il présentait son plan stratégique visant à renforcer le groupe à l'international et dans les solutions de pointe, "dans un monde en mutation technologique et où les ressources deviennent plus rares". Objectif: détrôner Veolia de sa place de numéro un.

Pour lui, la disparition de Suez n'est pas envisageable. Le projet de Veolia est "aberrant pour Suez et funeste pour la France", a-t-il déclaré au Figaro.

Philippe Varin, président de Suez

Ce polytechnicien de 68 ans a pris la présidence de Suez en mai 2020. Philippe Varin est un nouveau venu dans ce secteur, après avoir fait sa carrière chez Pechiney, PSA ou Areva. Il devait notamment porter la stratégie de conquête de clients industriels de Suez.

M. Varin a dénoncé un "ultimatum" de Veolia et défendu le recours à une fondation de droit néerlandais pour chapeauter l'activité eau de Suez et tenter de faire capoter le plan de Veolia.

"Cher Antoine, (...) je dois t'informer que l'opération (...) reste hostile", écrivait-il encore à Antoine Frérot dimanche.

Thierry Déau, président de Méridiam

Lui aussi ingénieur des Ponts et Chaussées, ce jeune quinquagénaire, qui a grandi à la Martinique, a créé Meridiam en 2005, fonds d'investissement spécialisé dans les infrastructures publiques.

Associé à Veolia pour reprendre l'Eau France de Suez, voire plus, il revendique un "engagement dans le bien public": Meridiam est "un outil d'investissement de très long terme", "pas un fonds de spéculation en quête de rentabilité rapide".

La société a investi dans des dizaines de projets: lignes à grande vitesse en France, port de Calais, tunnel du port de Miami...

Dominique Senequier, patronne d'Ardian

"Chevalier blanc" de Suez, cette société d'investissement privée, une des plus grosses au monde, a exprimé son intérêt avec l'idée de constituer un consortium d'investisseurs.

Dominique Senequier, polytechnicienne de 67 ans, est une des rares femmes à la tête d'un fonds de cette envergure.

Ardian, sortie en 1996 du giron d'Axa et détenue "majoritairement" par ses employés, revendique 100 milliards de dollars d'actifs sous gestion dans une multitude de secteurs.