Cela s'appelle une carrière fulgurante. Le Belge Axel Miller deviendra le président du groupe Dexia à partir du 1er janvier 2006. Il sera ainsi, à 40 ans et 11 mois, le plus jeune CEO d'une société du Bel20.

Cette nomination a été décidée à «l'unanimité» lors du conseil d'administration de Dexia, qui s'est réuni mardi, souligne le communiqué. C'est aussi à l'unanimité que le Français Pierre Richard, l'actuel patron de Dexia, remplacera François Narmon à la présidence du conseil d'administration.

«Ces nominations dans les instances dirigeantes du groupe respectent l'équilibre entre les intérêts belges et français voulu lors de la création du groupe Dexia», précise le communiqué. Elles confirment en tout cas les rumeurs qui circulaient ces derniers temps.

Depuis la tentative avortée fin 2004 d'une fusion entre Dexia et la banque italienne Sanpaolo IMI, il était évident que Pierre Richard n'irait pas au-delà de son mandat, qui prend fin au 31 décembre 2005. D'aucuns s'étaient demandés s'il ne partirait pas avant. C'est que les actionnaires belges de Dexia (Arcofin, Holding communal et Ethias), qui représentent près de 40pc du capital, n'ont pas apprécié de n'avoir pas été associés à ce projet de rapprochement, lequel en outre suscitait un certain scepticisme. Il était évident que ce serait un Belge qui succéderait à Pierre Richard. Le nom d'Axel Miller semblait s'imposer.

En devenant président du conseil, Pierre Richard (64 ans) garantit l'équilibre franco-belge cher aux Français. Même si ceux-ci pèsent beaucoup moins dans le capital avec la Caisse des dépôts comme principal actionnaire (8pc). Un autre Français, Jacques Guerber, responsable du métier des services financiers au secteur public local, est pressenti comme vice-président du comité de direction.

Qualités reconnues

Il n'est pas évident que cette nomination annoncée après la clôture de la Bourse aura un effet sur le titre (18,03 euros mardi). «On ne va pas aller à 20 euros sur la nouvelle», estimait un analyste

Ce qui n'enlève rien aux qualités reconnues d'Axel Miller. Cet ancien avocat d'affaires chez Clifford Chance a été propulsé au sein du comité de direction de Dexia en mai 2001 alors qu'il avait 36 ans. C'est depuis janvier 2003 qu'il a pris la tête de Dexia Banque. Réputé très intelligent et aussi très ambitieux, il a su mener sans trop de heurts la fusion entre Dexia et Artesia, la réduction des coûts et une certaine paix sociale.

Reste à voir quelle stratégie il imprimera au groupe dans les années à venir. D'après certaines déclarations, il ne semble pas franchement opposé à des grandes fusions. Quant à son remplaçant à la tête du pôle bancaire, il n'aurait pas encore été trouvé. Il ne semble pas exclu qu'Axel Miller cumule les deux fonctions.

Pierre Richard, lui, a connu une fin de parcours plus difficile. La quête de la taille au service, dit-on, d'un ego prononcé aura été fatale à cet ingénieur des ponts et chaussées au style austère. Les acquisitions des banques néerlandaises Kempen et Labouchere auront coûté cher au groupe. Elles ont refroidi les actionnaires tout comme l'épisode Sanpaolo et presque fait oublier qu'il a été un des artisans de la naissance du groupe Dexia.

© La Libre Belgique 2005