Alors que la ministre de tutelle, Inge Vervotte (CD&V) a déposé un dossier de recapitalisation et de création de filiale pour B-Cargo auprès de la Commission européenne, la concertation sociale demeure suspendue au sein de la SNCB. Opposés au projet, les affiliés de la CGSP-Cheminots ont ordonné à leurs représentants de ne plus siéger à la table de négociation et depuis, c’est la stratégie de la chaise vide de la part du syndicat socialiste. Mais des dirigeants de la CGSP-Cheminots sont conscients que leur syndicat ne peut pas tenir longtemps cette position ferme et ce, d’autant plus que la filialisation de B-Cargo est dorénavant inéluctable.

Un comité de pilotage, organe réunissant syndicats et patrons du groupe ferroviaire s’est tenu hier et il semble que la CGSP-Cheminots y a participé. "Nous avons été à la réunion pour dire à nos partenaires que nous sommes disposés à revenir autour de la table de négociation si on trouve des solutions à des dossiers pendants", nous a confié Gérard Gelmini, président de la CGSP-Cheminots. Il se refuse à en dire davantage pour ne pas plomber la timide ouverture qui semble se faire.

Mais selon nos informations, le syndicat socialiste aurait posé une quinzaine de revendications dont certaines ne concernent pas le dossier de filialisation de B-Cargo. C’est ainsi qu’il demande la mise au frigo du dossier de signalement qui veut que le cheminot ayant obtenu une évaluation négative durant deux semestres soit licencié. Il souhaite aussi que les cheminots soit exempté du surplus de 2,05 € que déboursent depuis le 1er novembre 2009 tous les usagers des trains allant vers l’aéroport de Bruxelles-National ou y transitent. Ce montant représente la moitié de la redevance totale (4,10 €) qui participe au financement du diabolo. La seconde moitié sera imposée à partir du 1er juillet 2012, année de mise en service de l’ouvrage visant à fluidifier le trafic et renforcer la mobilité autour de l’aéroport national.

En tant que cheminots, ils disposent d’un libre-parcours et ne voient pas pourquoi ils doivent s’acquitter d’une telle redevance. Les dirigeants de la SNCB ont pris acte des revendications de la CGSP-Cheminots, mais le bureau exécutif francophone du syndicat socialiste se réunira le 14 janvier pour évoquer notamment sa position dans le dossier B-Cargo.

La CSC-Transcom fustige, dans sa revue syndicale "Transcom Info" de janvier, l’attitude de la CGSP-Cheminots. "Cette attitude est dangereuse et irresponsable dans la mesure où elle risque de pourrir une situation déjà suffisamment pénible. La CGSP étant absente de toute négociation, cela crispera le dossier", dit-elle.

Le syndicat chrétien rappelle que la création d’une filiale privée n’offre aucune garantie, mais elle "tente de convaincre qu’il faut préserver l’essentiel du groupe de la SNCB sans mettre en péril l’ensemble des activités de l’entreprise". Or, prévient-elle, "si on laisse faire les manipulations budgétaires de la SNCB, en transférant de manière irresponsable des coûts sur les missions de services publics, c’est la SNCB entière que l’on risque de mettre en faillite et, par effet de domino, la SNCB-Holding".

Elle entend participer aux discussions pour apporter des corrections au plan (prépension pour les + 55 ans, personnel statutaire dans les gares de triage, etc.). Son conseil national veut écarter les "dirigeants actuels de la SNCB et de Cargo", car la méfiance à leur égard est totale. Elle appelle les administrateurs et la ministre Vervotte à prendre leurs responsabilités, car "un outil collectif de mobilité et l’avenir de plus de 38 000 travailleurs sont mis en danger pas les sorciers des chiffres".