ENTRETIEN

Banksys devra relever d'importants défis dans les années à venir. Le gestionnaire de réseaux de paiements électroniques devra s'adapter à de nouvelles technologies, digérer l'intégration européenne des moyens de paiement et convaincre davantage de petits détaillants. Vincent Roland, à la tête de l'entreprise depuis le mois d'août dernier, évoque ces grands dossiers.

Selon la Banque nationale, en Belgique, plus de 80pc des achats se règlent en liquide. Votre avis?

C'est dommage. Notre slogan reste «kill the cash» (littéralement, «tuer l'argent liquide», NdlR). Nous sommes payés pour avancer contre les règlements en espèces. La carte de débit reste le moyen de paiement le moins cher. Dès lors, pourquoi ne pas étendre encore son utilisation? C'est un combat de longue haleine.

Comment comptez-vous le mener?

En Belgique, dans la grande distribution et les stations-service, les transactions électroniques dépassent déjà 50 pc de l'ensemble des paiements. On peut encore progresser mais on ne doublera pas ce chiffre. L'effort doit donc se porter sur la petite distribution. Si l'on veut une deuxième vague de développement du paiement électronique, c'est là qu'il faut agir. Pour convaincre les détaillants, la sécurité dont bénéficie le commerce électronique peut s'avérer décisive. Mais cela peut prendre du temps.

Et en Europe?

C'est plus compliqué. Selon le pays, les transactions électroniques sont considérées tantôt comme un service public, tantôt comme un produit bancaire, et elles sont tantôt gratuites, tantôt payantes. Il n'existe pas de modèle unique. Chaque système domestique possède sa propre langue, sa propre façon de travailler. Comme on ignore encore tout des standards d'intégration européenne, notre politique est de nous conformer aux spécificités locales pour nous implanter et gagner la confiance des clients.

Concrètement, quel est votre objectif?

Si, d'ici 2010, nous sommes sérieusement présents dans une dizaine de pays, nous serons capables de satisfaire les clients. Nous sommes déjà actifs aux Pays-Bas et en Italie via Sinsys, une entreprise conjointe avec nos partenaires Interpay et SSB. Cette «joint venture» est également établie en Europe centrale (Pologne, Tchéquie, Slovaquie et Hongrie, NdlR). Nous avons aussi un pied en Scandinavie (Norvège, Suède, Danemark et Finlande, NdlR) et en France.

Comment se passera l'intégration européenne des moyens de paiement?

La Commission européenne veut que tout soit standardisé pour 2008. Le projet Sepa («Single Euro Payments Area» ou «espace unique de paiements en euro», NdlR) entend permettre des transactions «transfrontières» aussi simplement que si elles étaient exécutées sur le territoire national. Et en 2010, toujours selon les autorités européennes, il faudra abandonner les systèmes locaux. Des initiatives européennes de sociétés telles que Banksys ont déjà vu le jour mais on peut regretter qu'il n'existe pas d'autorité européenne spécifique pour dire: «Maintenant, il faut le faire».

Techniquement, l'intégration peut-elle avoir lieu d'ici 2008?

A mon avis, ce délai est très ambitieux. La Belgique pourrait être prête mais si elle est le seul pays dans le cas, ce ne serait pas intéressant. Les dates fixées par l'Europe sont peu compatibles avec les moyens techniques sur le terrain. Pour nous, le prochain challenge sera plutôt de nous implanter un peu plus au sud, en Espagne et au Portugal.

Retrouvez, dans «La Libre Entreprise» de samedi, un portrait du patron de Banksys.

© La Libre Belgique 2005