La banque britannique Barclays a reconnu vendredi sa défaite dans la course au rachat de la Néerlandaise ABN Amro, laissant ainsi le champ libre au consortium composé de Royal Bank of Scotland (RBS), Fortis et Santander.

L'offre de Barclays valorisait la banque néerlandaise autour de 63 milliards d'euros (aux cours de jeudi), loin derrière celle du consortium mené par RBS, qui a proposé 71 milliards d'euros. C'est pourquoi les analystes financiers s'attendaient depuis plusieurs semaines à ce que les actionnaires d'ABN Amro boudent la première offre au profit de la seconde. La confirmation de l'échec de Barclays ouvre la voie à une victoire de sa rivale britannique RBS, alliée à la belgo-néerlandaise Fortis et à l'espagnole Santander, qui devraient donc réaliser ensemble la plus importante acquisition de l'histoire du secteur bancaire.

Barclays a précisé dans un communiqué n'avoir reçu que 4,41 millions d'actions d'ABN Amro, avant la clôture de son offre, jeudi à 13H00 GMT, ce qui ne représente qu'à peine 0,2% du capital de la banque basée à Amsterdam, selon les estimations de l'AFP, loin des 80% nécessaires à la réussite de l'opération.

L'offre du trio RBS/Fortis/Santander expirait quant à elle vendredi à 13H00 GMT. En attendant d'en annoncer le résultat, sans doute lundi, le consortium n'a fait aucun commentaire sur la défaite de sa rivale, Fortis se contentant notamment de "prendre acte" de l'information.

La déroute de Barclays laissera probablement un goût amer aux dirigeants d'ABN Amro, l'un des plus plus grands groupes indépendants des Pays-Bas, qui auraient préféré se faire racheter par elle, ce qui aurait donné naissance à l'une des toutes premières banques d'Europe, alors que les trois alliées comptent démanteler la banque au logo vert et jaune, se partager ses différentes activités et supprimer plusieurs milliers d'emplois au passage.

ABN Amro avait d'ailleurs accepté initialement l'offre de Barclays, les deux banques ayant célébré leurs fiançailles le 23 avril. ABN Amro avait de plus tenté de mettre des bâtons dans les roues du consortium en vendant sa filiale américaine LaSalle, sur laquelle RBS avait jeté son dévolu, à Bank of America.

Mais le consortium avait persévéré malgré cette "pilule empoisonnée", et, face au montant élevé de l'offre de celui-ci, la banque néerlandaise avait fini par retirer son soutien à Barclays sans pour autant l'apporter au consortium, laissant ses actionnaires choisir librement à qui ils apporteraient leurs titres.

A la suite de la défaite de Barclays, ABN Amro a eu des mots de soutien pour son ex-fiancée, indiquant qu'elle paierait sans rechigner la somme de 200 millions d'euros que cette dernière est en droit de lui réclamer en guise de dédommagement pour avoir rompu leur alliance. "Nous comprenons tout à fait la décision de Barclays et apprécions les efforts de coopération et la confiance que Barclays a eue en ABN Amro", a déclaré à l'AFP le porte-parole de la banque amstellodamoise, Neil Moorhouse.

De son côté, Barclays semble vouloir faire contre mauvaise fortune bon coeur, alors que le groupe désormais isolé pourrait être à son tour l'objet d'une offre de rachat hostile. Son directeur général John Varley a assuré que "Barclays connaît un élan fort", et que "le groupe continuera à connaître une croissance importante au cours des prochaines années".