La banque britannique Barclays veut s'emparer de sa concurrente néerlandaise ABN Amro pour quelque 67 milliards d'euros et ainsi donner naissance au deuxième établissement bancaire européen, dans le cadre de la plus grande acquisition jamais réalisée au monde dans le secteur.

"C'est la plus grosse transaction transfrontalière dans les services financiers et bancaires", a déclaré lundi lors d'une conférence de presse à Amsterdam le PDG de Barclays, John Varley.

Les deux banques ont annoncé que la fusion entraînera la suppression de 12.800 emplois et l'externalisation de 10.800 autres dans des pays "à faible coût de main d’oeuvre", sur un total de 217.000 emplois en équivalent temps plein (230.000 emplois au total).

Barclays offre l'équivalent de 36,25 euros pour chaque action ABN Amro, selon un communiqué publié par les deux établissements. A la clôture de la Bourse d'Amsterdam, le cours d'ABN Amro s’est replié de 1,46% à 35,76 euros. L’action Barclays de son côté a fini en baisse de 2,27% à 733 pence.

Le groupe ainsi constitué pèsera près de 140 milliards d'euros en Bourse, ce qui le classera au deuxième rang européen derrière la britannique HSBC (et devant le suisse UBS) et au cinquième rang mondial avec 47 millions de clients et quelque 200.000 d'employés.

Dans le détail, Barclays offre 3,225 actions pour chaque action ABN Amro, ce qui valorise cette dernière à 67 milliards d'euros. Barclays possédera 52% du nouveau groupe, ABN Amro 48%. ABN Amro se sépare dans le même temps de ses activités américaines de LaSalle Bank, qui devraient être cédées à la Bank of America pour 21 milliards de dollars. La transaction devrait être finalisée avant la fin de l'offre d'achat de Barclays et "en est une condition", précise le communiqué.

Lors de la conférence de presse, Rijkman Groenink, président d'ABN Amro, a néanmoins souligné qu'il restait ouvert à une offre plus élevée provenant d'autres banques intéressées par LaSalle, citant notamment l'intérêt exprimé par Royal Bank of Scotland.

Les revenus générés par la vente de LaSalle seront rendus aux actionnaires de la nouvelle entité par le biais d'un programme de rachat d'actions, ont promis les deux banques.

Arthur Martinez, originaire d'ABN Amro, devrait présider le groupe dont le siège serait à Amsterdam. John Varley, qui dirige actuellement Barclays, devrait en être le directeur exécutif. "La fusion proposée renforcera de façon significative les capacités de développement et la distribution de produits. Notre extension géographique combinée assurera l'exposition à la fois à des économies développées et à des économies en forte croissance", a estimé John Varley. La transaction devrait être close au quatrième trimestre 2007.

L'offre de Barclays n'empêche pas d'autres banques intéressées de surenchérir. Le fonds spéculatif TCI, qui a poussé ABN Amro dans les bras de Barclays en faisant pression en faveur d’un démantèlement de l’établissement néerlandais, avait encouragé le dépôt d'autres offres dans ce sens.

Un consortium réunissant les banques espagnole Banco Santander (SCH), belgo-néerlandaise Fortis et la britannique Royal Bank of Scotland, qui a déjà manifesté son intérêt pour une éventuelle reprise, pourrait émettre une offre supérieure, selon plusieurs analystes.

Une délégation représentant ces trois banques a cependant demandé le report d'une réunion prévue lundi avec le pdg d'ABN Amro, estimant qu'elle n'était "pas approprié" après l’accord conclu avec Barclays.

Jeudi, ABN Amro devrait soumettre ses choix à une assemblée générale d'actionnaires.