Beau temps pour les bonus à Wall Street

Entreprises & Start-up

Stéphanie Fontenoy

Publié le

Beau temps pour les bonus à Wall Street
© AP

Mais que fait donc la police? La semaine dernière, le procureur général de l’Etat de New York, Andrew Cuomo, s’est énervé contre la pratique des bonus à Wall Street, une vieille habitude à laquelle les banques n’ont finalement pas dérogé malgré la crise financière. Les coups de semonce de l’administration Obama (trop faibles, diront certains) et la colère publique n’y ont rien changé. Le rapport du procureur est d’autant plus consternant qu’il concerne les neuf banques qui ont reçu l’argent du "Tarp", le programme fédéral de renflouement des institutions financières. Il en ressort que ces établissements ont parfois payé des bonus nettement supérieurs à leurs bénéfices nets! Ainsi, alors que les neuf banques sous tutelle de l’Etat ont perdu 81 milliards de dollars l’année dernière, elles ont maintenu les bonus de leurs meilleurs employés pour un montant total de 32,6 milliards.

Dans ces établissements, anciens fleurons de Wall Street qui ne doivent pour certains leur survie qu’au soutien du contribuable, près de 5 000 cadres ont reçu chacun au moins un million de dollars de bonus en 2008. Chez Goldman Sachs, la banque d’investissements, 200 traders se sont partagés un milliard de dollars. Chez Morgan Stanley, c’est un pactole de 577 millions qui a atterri dans les poches de 101 personnes.

Si ces grandes banques d’affaires ont déjà commencé à rembourser l’argent du "Tarp", afin de s’affranchir au plus vite du droit de regard du gouvernement sur les bonus, il en va autrement pour les banques commerciales comme Citigroup et Bank of America.

Citigroup, un des établissements financiers les moins solides, conserve dans ses coffres 45 milliards de dollars d’aide fédérale. Cela ne l’a pas empêché d’octroyer pour 5,3 milliards sous forme de bonus à ses employés l’année dernière. Alors que les revenus de Citigroup sont tombés au niveau de 2002, les compensations elles ont été maintenues à des niveaux supérieurs à celles de 2006, une bonne année. Chez Bank of America, les bonus sont restés les mêmes qu’en 2006, alors que les profits étaient divisés par cinq.

"Si les banques ont perdu de l’argent, où trouvent-elles les moyens de payer les bonus?", a fustigé Andrew Cuomo, un des plus fervents critiques de la pratique des compensations, jugée en partie responsable de la prise de risque excessive des banquiers. Le procureur général semble le seul à perdre son sang-froid. Le Trésor américain a bien nommé un "Tsar" des rémunérations, Kenneth Feinberg, chargé d’examiner "la justesse" des salaires et des primes des 100 dirigeants les mieux payés des entreprises qui vivent toujours grâce à l’assistance gouvernementale. Mais l’idée d’un plafond des rémunérations a depuis longtemps été abandonnée, notamment par Timothy Geithner, le Secrétaire au Trésor, qui la juge "contreproductive".

Les sociétés "redevables", Citigroup et Bank of America, mais également l’assureur AIG ou encore General Motors, ont jusqu’au 13 août pour fixer la grille des revenus de leurs meilleurs éléments. AIG a pris les devants: après avoir provoqué un tollé en mars en annonçant la distribution de 165 millions de dollars en bonus, l’assureur se veut plus prudent. Détenu à 80 % par le gouvernement, il a soumis la liste des rémunérations de ses 40 plus hauts dirigeants à Kenneth Feinberg pour approbation. De manière générale, ces compagnies "devront convaincre M.Feinberg qu’elles ont trouvé un bon équilibre pour décourager une prise de risque excessive tout en valorisant les récompenses", souligne Andrew William, un porte-parole du département du Trésor.

Alors que l’économie américaine montre des signes de reprise, les bonus suivent en tout cas la même direction...

A lire également

Libre ECO

Immobilier pour vous