ENTRETIEN

D'habitude plutôt distant, Didier Bellens semble plus détendu depuis la réussite de son offre d'achat sur Telindus. Il devient même plus loquace. Dans une interview exclusive à «La Libre» et au «Tijd», le patron de Belgacom s'exprime comme il ne l'a jamais fait sur les grands chantiers qui l'occupent.

Vous devez être soulagé après l'acquisition de Telindus. Peut-on s'attendre à d'autres acquisitions dans les mois à venir?

Notre objectif premier était de nous renforcer en Belgique, ce que nous avons réussi en lançant Belgacom TV et en rachetant Telindus. Maintenant, il est clair qui si des opportunités se présentent, nous aimerions également investir à l'étranger. Nous avons deux cibles bien identifiées: soit un opérateur mobile dans un pays où le marché est encore en croissance, soit un opérateur «broadband» dans un pays voisin.

Est-ce que cet opérateur «broadband» pourrait être Neuf Cegetel (NdlR: le premier opérateur alternatif en France)?

C'est effectivement le genre de dossier qui nous intéresse. D'autant plus que nous sommes déjà actionnaires de Neuf Cegetel à hauteur de 5pc et que nous disposons de bons contacts là-bas. Cela dit, les autres actionnaires (NdlR: les groupes Louis Dreyfus et SFR détiennent chacun 28pc) veulent a priori conserver leur participation, en tout cas jusqu'à l'introduction en Bourse de la société, qui pourrait avoir lieu cette année ou l'année prochaine.

Neuf Cegetel constitue-t-il une priorité pour Belgacom?

Disons que c'est une possibilité. Quant à savoir si c'est une priorité, c'est une question de définition. Notre priorité, ce sont nos activités en Belgique, où nous avons réussi à dégager un cash flow bien au-delà du milliard d'euros en 2005, alors que de son côté, Neuf Cegetel n'est pas encore rentable.

A combien s'élève le «trésor de guerre» dont dispose Belgacom pour faire des acquisitions?

Je n'aime pas l'expression «trésor de guerre»: en tant qu'entreprise commerciale, nous n'avons pas à être assis sur un paquet de cash. Ce n'est d'ailleurs pas le cas. Au 31 décembre dernier, nous avions 500 millions d'euros de trésorerie. Ce qui veut dire qu'après l'opération Telindus, celle-ci est aujourd'hui quasiment à zéro. En ce qui concerne d'éventuelles futures acquisitions, nous avons une capacité d'endettement qui varie entre 4 et 5 milliards d'euros. Ce sera un peu plus si nous rachetons un opérateur historique qui gagne de l'argent, un peu moins si nous rachetons un opérateur «broadband» qui doit encore investir pour devenir rentable.

En février dernier, vous avez fusionné vos activités «carrier» internationales avec celles de Swisscom. Êtes-vous toujours à la recherche d'un troisième partenaire pour cette division?

Oui. Nous sommes actuellement en discussion avec un autre opérateur. Selon moi, cela pourrait d'ailleurs aller plus vite qu'avec les Suisses, avec lesquels il avait fallu négocier pendant plusieurs mois. Il faut dire que le «carrier» (NdlR: la vente de capacité réseau à d'autres opérateurs à travers le monde) est une activité où la rentabilité ne peut être atteinte qu'avec de gros volumes, ce qui est notre cas. Du coup, il y a un certain nombre d'opérateurs historiques en Europe qui souhaitent travailler avec nous pour rendre leur division «carrier» plus rentable. C'est d'autant plus vrai que nous sommes très contents de notre partenariat avec Swisscom.

© La Libre Belgique 2006