START-UP DE LA SEMAINE | Désignée start-up wallonne de l’année 2019, Aerospacelab joue les trouble-fêtes avec ses micro-satellites intelligents.

Benoît Deper, ingénieur en mécatronique, robotique et automatisation de l’UCLouvain, a surgi dans l’écosystème numérique et technologique wallon à la façon d’une nouvelle étoile qui, subitement, s’imposerait dans une constellation existante. C’était en avril 2018 à l’occasion de l’annonce d’une grosse levée de fonds - 11 millions d’euros, ce qui est rare pour une "Série A" en Belgique francophone - au bénéfice d’Aerospacelab, start-up fondée dix-huit mois plutôt par ce Carolo d’origine qui, depuis la fin de ses études à Louvain-la-Neuve, a vécu l’essentiel de son temps entre les États-Unis, les Pays-Bas, la France et la Suisse.

À seulement 33 ans, la vie active de Benoît Deper relève déjà du roman d’aventure (avec une pointe de polar que l’on doit à un épisode assez rocambolesque en Suisse). Mais allons à l’essentiel : revenu en Wallonie en 2016, l’ingénieur formé à la Nasa et à l’Esa (Agence spatiale européenne) prend la décision, assez culottée, de se lancer dans la conception et la fabrication de micro-satellites avec l’objectif affiché de devenir leader européen du renseignement stratégique… Rien que ça !

Depuis l’engagement du premier employé d’Aerospacelab au printemps 2018, Benoît Deper a constitué une équipe de 50 ingénieurs de haut niveau répartis entre Mont-Saint-Guibert et Leuven. "Si les choses se passent bien, on devrait engager davantage de personnes au cours des 18 prochains mois" , dit-il. Car le principal enjeu, pour la jeune pousse "New Space" brabançonne (soutenue, notamment, par la SRIW et l’incubateur "tech" WSL) est de passer de la phase du prototypage de micro-satellites (entre 20 et 100 kilos) à la phase de production sur une ligne d’assemblage digne de ce nom. Aerospacelab devrait d’ailleurs migrer, dans les mois à venir, vers le parc scientifique de Louvain-la-Neuve pour intégrer un nouveau bâtiment à la hauteur des ambitions de celle qui vient de remporter le prix de la "Digital Wallonia Start-up of the Year" .

Une conjonction de "révolutions"

Mais comment fait-on pour entrer sur un marché que l’on pensait a priori réservé aux grands groupes et aux agences internationales du secteur de l’aérospatial ? "Plusieurs évolutions ont permis d’abaisser fortement les barrières à l’entrée, nous explique Benoît Deper . D’une part, la miniaturisation de l’électronique et le recours à des composants qui ont déjà fait leur preuve dans l’électronique grand public. Le labo de la Nasa pour lequel j’ai travaillé en 2009-2010 était pionnier dans ce domaine. D’autre part, il y a l’importation, au sein de ces labos, de techniques de management utilisées dans le monde du software (méthodes agiles, extreme programming,…). Grâce à un ratio coût-performance sans précédent, on commence à avoir des business models qui étaient inimaginables il y a cinq ou dix ans" .

Parallèlement, il y a eu une révolution, celle du "cloud", en matière de stockage, de traitement et de diffusion de données. "Les deux mis ensemble, résume le CEO d’Aerospacelab , permettent de se passer d’une base industrielle comme Airbus ou Thales" . Mais si la start-up est aujourd’hui capable de fabriquer des micro-satellites performants à des prix très compétitifs, sa priorité reste d’extraire des renseignements stratégiques au départ d’images spatiales en très haute résolution. Aerospacelab vise trois domaines : surveillance de zones stratégiques ; assurance/réassurrance ; fourniture, en temps réel, d’informations relatives à des sociétés cotées. Aerospacelab a déjà décroché des premiers contrats (avec l’Esa, notamment).

Pour Aerospacelab, le premier rendez-vous aura lieu dans les tout prochains mois, avec le lancement de deux premiers satellites. Trois autres sont programmés pour 2021. À moyen terme, l’objectif est de déployer une première constellation composée d’une dizaine de satellites à très haute résolution. Made in Wallonia !

Ce qu'il faut (encore) savoir

Aerospacelab a été fondée en 2016 par Benoît Deper.

Investisseurs : BelAero (business angels belges et français), SRIW et W.IN.G. by Digital Wallonia (DeepTech) , XAnge, CMNE Innov&thic (Crédit mutuel nord Europe).

Site : www.aerospacelab.be