Le groupe LVMH a confirmé qu'il était "en négociation exclusive" avec Pearson pour le rachat des "Echos", provoquant une forte opposition parmi les salariés du quotidien économique français et une vive inquiétude chez ceux de son concurrent "La Tribune", déjà propriété de Bernard Arnault. Le quotidien s'est remis en grève vendredi et ne paraîtra pas lundi, le personnel "se réservant la possibilité d'entamer d'autres actions".

Depuis plus d'une semaine circulait la rumeur d'une vente du quotidien au PDG de LVMH Bernard Arnault. Mais l'annonce de négociations exclusives entre Pearson et Bernard Arnault n'a été faite que jeudi aux représentants des salariés des Echos, "sous la pression de l'autorité des marchés financiers qui a obligé M. Arnault à communiquer", selon les syndicats. Lors d'un conseil d'entreprise convoqué dans l'urgence, la direction a indiqué qu'une date-butoir avait été fixée à fin novembre pour les négociations, mais que celles-ci pouvaient se conclure très rapidement, selon les syndicats. Sans confirmer les informations de presse selon lesquelles LVMH aurait mis environ 250 millions d'euros sur la table, la direction a indiqué que le prix proposé par LVMH était "assez important pour que Pearson soit obligé de rendre l'offre exclusive et de la soumettre à ses actionnaires".

LVMH a tenté de rassurer les salariés des "Echos" qui s'étaient mis en grève mardi pour protester contre l'hypothèse d'un rachat par Bernard Arnault. LVMH y affirme qu'il "attache une grande importance à l'indépendance éditoriale qui contribue à la crédibilité, la légitimité et donc au succès de tout organe de presse" et indique qu'il inclura dans l'accord de vente "des dispositions de nature à assurer cette indépendance".

Fusion avec La Tribune ?

L'annonce a provoqué un coup de tonnerre chez les salariés des "Echos", mais aussi chez ceux de son principal concurrent La Tribune. Le groupe Arnault leur a annoncé la convocation d'un comité d'entreprise extraordinaire le 26 juin pour "analyser les conséquences" d'un rachat des "Echos", laissant craindre une fusion ou une cession.

Chacune de leur côté, les deux rédactions se sont réunies en assemblée générale. Réitérant leur opposition au rachat par Arnault, les salariés des "Echos" ont décidé de faire paraître le journal vendredi pour détailler la situation dans ses colonnes et expliquer leur position par la voix du directeur de la rédaction.

Du côté de La Tribune, les salariés ont mandaté les élus du CE pour qu'ils déclenchent un droit d'alerte. Ils réclament également "l'ouverture de négociations immédiates" pour mettre sur pied "des systèmes juridiques destinés à préserver l'indépendance de la rédaction à l'égard de tout actionnaire".

Ils demandent aux autorités de la concurrence de se saisir du dossier, craignant qu'en rachetant le numéro un de la presse économique LVMH "choisisse de revendre le numéro 2 à un investisseur fragile de façon à affaiblir la concurrence". Une centaine de personnalités du monde économique et politique ont témoigné leur attachement à "l'indépendance des "Echos", dans une pétition publiée vendredi. (AFP)

© La Libre Belgique 2007