CORRESPONDANT EN ALLEMAGNE

C'est pour un bon prix de 1,63 milliard d'euros que Bertelsmann a vendu à Vivendi sa filiale BMG Music Publishing. Quand le numéro un européen des médias avait engagé en juin les négociations de vente avec une douzaine d'intéressés, les analystes avaient encore tablé sur un montant compris entre 1 et 1,2 milliard. L'opération permettra à Universal Music, participation de Vivendi, de détrôner EMI de la première place au plan mondial.

En fait, la communauté financière allemande avait cru qu'un investisseur financier l'emporterait sur un investisseur stratégique comme Vivendi. Mais elle a sans doute sous-estimé l'allergie du groupe de Gütersloh à l'égard de «prédateurs» boursiers. On sait que, pour éviter l'introduction en Bourse des 25,1 pc de Bertelsmann appartenant au Groupe Bruxelles Lambert (GBL) d'Albert Frère, la famille Mohn avait décidé en mai de reprendre les parts du baron belge. Le prix d'achat de 4,5 milliards d'euros avait été viré début juillet. En conséquence, l'endettement du groupe avait plus que doublé, passant de 3,9 milliards fin 2005 à 8,7 milliards. Bertelsmann a pour ambition de ramener l'endettement au niveau précédent jusqu'à la fin de 2007: outre la vente de BMG, vont y contribuer les résultats d'exploitation élevés, un recul provisoire de l'investissement et la modestie des dividendes versés à la famille Mohn. «La vente à Vivendi souligne notre engagement de réduire rapidement l'endettement», a insisté hier le directeur financier Thomas Rabe.

La «perle» d'un empire

BMG Music Publishing est une «perle» de l'empire Bertelsmann. Certes, l'activité n'entre que pour deux pour cent dans le chiffre d'affaires du groupe de 17,9 milliards d'euros en 2005, ainsi que s'empresse de le relever le directoire, mais elle a tout de même dégagé l'an dernier un résultat opérationnel copieux de 81 millions. La société est moins secouée par les marchés musicaux que sa soeur Sony BMG, joint venture des supports musicaux dans lequel Bertelsmann possède 50 pc. Ainsi, au premier semestre 2006 la première a connu une évolution bénéficiaire «très positive» qui a permis de compenser en partie un recul très net auprès de Sony BMG. Numéro trois mondial des maisons d'édition musicale, l'entreprise passant à Universal Music a dans son catalogue un million de compositions. Parmi les artistes les plus célèbres figurent Christina Aguilera, Robbie Williams, Justin Timberlake et les groupes Coldplay et Backstreet Boys.

Le président Gunter Thielen a exclu hier des «achats spectaculaires» pour les deux prochaines années, il a aussi rejeté la vente des 50 pc dans Sony BMG et il s'est montré confiant de pouvoir porter le ratio bénéfice opérationnel/chiffre d'affaires à 10 pc en 2007 après 9 pc en 2005. Cette année, le résultat opérationnel devrait dépasser de 10 pc le record de 1,6 milliard atteint l'an dernier. Au premier semestre, en tout cas, il a augmenté de 9 pc à 0,7 milliard; à lui seul le bénéfice de RTL Group, de loin la division la plus profitable, a haussé de 27 pc à 471 millions. A compter de 2008, Bertelsmann aurait de nouveau 1 milliard d'euros à disposition par an pour des acquisitions.

© La Libre Belgique 2006