Il aura fallu un peu de temps pour que la marée des "fablabs" touche la Belgique. Mais, cette fois, elle a pris suffisamment d’ampleur pour commencer à irriguer l’ensemble du plat pays. Et si on en croit les experts, ce ne serait que le début d’une véritable révolution.

Le mot "fablab", encore méconnu chez nous, provient de la contraction de "fabrication" et "laboratory". Si le terme anglophone s’est imposé, ce n’est pas juste pour faire branché, mais parce que le concept est né, au début des années 2000, aux États-Unis au sein du célèbre Institut de technologie du Massachusetts (MIT). Son fondateur est Neil Gershenfeld, professeur et directeur du laboratoire "Bits and Atoms" du MIT. L’idée consiste à sensibiliser une communauté locale (étudiants, entrepreneurs, artistes…) aux outils et machines liées au monde du logiciel et, plus globalement, des nouvelles technologies numériques afin de la rendre plus créative et plus productive.

Une "charte" à respecter

Près de vingt ans plus tard, les "fablabs" sont devenus un réseau global (on en recense près de 1 800 répartis dans une centaine de pays) et collaboratif. Il existe une fondation, une académie et une charte des "fablabs". Cette dernière énumère les conditions minimales à remplir pour revendiquer l’appellation de "fablab". On y apprend notamment qu’on peut utiliser le "fablab" pour fabriquer à peu près n’importe quoi, qu’il faut apprendre à le fabriquer par soi-même et qu’il faut partager l’usage du "lab" avec d’autres utilisateurs. Le "fablab" se doit aussi d’être un lieu de formation (en prenant appui sur des projets, un apprentissage par les pairs et un accès à des logiciels libres et open source).

Classiquement, un "fablab" doit disposer, au minimum, de quatre machines : une imprimante 3D, une découpeuse vinyle, une découpeuse laser et une fraiseuse à commande numérique (dites "CNC"). Selon les moyens financiers et les domaines d’expertise, un fablab va pouvoir néanmoins enrichir son atelier d’autres machines-outils (scanner 3D…) ou en acquérir de plus sophistiquées (imprimante 3D à addition de matières, par exemple).

Un "fablab" n’est pas l’autre

Voilà pour le cadre général. À travers nos visites dans six "fablabs" créés en Wallonie et à Bruxelles (la Belgique en compterait une trentaine au total), on a découvert des réalités très diverses. Sur une base et une philosophie commune, tous ces "fablabs" présentent des spécificités liées à leur environnement direct et aux besoins de publics locaux. Les "fablabs" s’intègrent, le plus souvent, au sein de hubs créatifs. Ils constituent alors une pièce d’un puzzle où on retrouve, selon les cas, des espaces de coworking, des incubateurs/accélérateurs de start-up, des centres de formations, etc. Les universités peuvent aussi jouer un rôle de moteur, comme c’est le cas à Bruxelles (avec le projet Usquare où on retrouve l’ULB et la VUB) ou Louvain-la-Neuve, pour ne citer que deux exemples dont il sera question dans notre série "Au pays des fablabs" (voir le calendrier ci-contre).

À la fois lieux d’innovation et de production, les "fablabs" brassent un public très large. On y retrouve aussi bien des "bricoleurs-bidouilleurs" qui, par pur hobby, souhaitent utiliser des machines-outils numériques - qu’ils n’ont pas les moyens d’acquérir - pour fabriquer des objets en tout genre, que des étudiants (en architecture, génie mécanique…) ou encore des entrepreneurs (artisans, startupeurs, industriels…) qui, avant de lancer un nouveau produit, se rendent dans un "fablab" pour matérialiser une idée et créer un prototype.

Les six étapes de notre série de l'été consacrée aux fablabs :

À Mons, on veut susciter l’intérêt pour l’Internet des objets

Avec son "fablab", Marche redonne de l’éclat au bois

Chez Transforma Bruxelles, des imprimantes 3D accessibles à tous

Au Relab, startups et fleurons liégeois

A Etterbeek, ancienne caserne, nouvelles disciplines

Ça déménage au MakiLab de Louvain-la-Neuve