Il fallait s'y attendre. L'augmentation du prix de la bière décrétée par InBev et révélée par «La Libre» mercredi, secoue à nouveau le petit monde de la bière belge. C'est que, quand le leader du marché (avec 57 pc) majore ses tarifs -de 3 pc en moyenne dès le 15 mai pour les fûts dans l'Horeca et le 30 juin dans la distribution-, ses concurrents suivent généralement le mouvement. Ce fut le cas, lors des dernières hausses à répétition de ces cinq dernières années, le prix de la pils n'étant plus contrôlé par le ministère des Affaires économiques depuis 1993.

Les autres brasseurs vont-ils encore cette fois-ci embrayer, alors que la dernière hausse remonte à sept mois à peine? Tous les regards se tournent vers Alken-Maes, le challenger du groupe belgo-brésilien (15 pc du marché). «A ce jour, nous n'avons pas annoncé de hausse de prix à nos clients mais nous sommes confrontés à la même hausse des coûts qu'InBev (énergie, matières premières, salaires). Il faut donc s'attendre à une hausse de nos prix encore cette année mais je ne peux pas encore vous dire quand ni de combien elle sera», nous a précisé Marc Roubaud, le patron d'Alken-Maes (Maes, Grimbergen, Mort Subite).

En revanche, à la brasserie Haacht, 3e brasseur du pays (Primus, Tongerlo, Charles Quint), on a décidé cette fois de ne pas suivre le numéro un. Pas tout de suite du moins. «Nous estimons qu'il est irresponsable d'imposer juste avant la période estivale une nouvelle hausse des prix au secteur Horeca, déjà confronté à des gros problèmes de rentabilité», explique Frédéric van der Kelen, son patron. Dans les prochains mois, la brasserie espère ainsi doper ses volumes et compenser la perte de marges qu'une augmentation des prix est censée amener. Cela dit, les coûts étant les mêmes pour tous les brasseurs, ce dernier ajoute qu'il réexaminera l'opportunité d'une augmentation de ses tarifs à l'automne. La brasserie Palm a, elle, trouvé une parade avant la lettre. Depuis avril, elle a remplacé toutes ses bouteilles de 25 cl de la marque Palm (bière ambrée) par des emballages de 33 cl, au prix bien sûr de 33 cl.

Les petits sont inquiets

Du côté des petits brasseurs, comme à la Brasserie Silly (Double Enghien, Pink Killer) et à la Brasserie Dubuisson (Bush, Cuvée des Trolls), on ne suivra pas non plus le numéro un du marché. «La Belgique est le pays de la bière: on y boit des bières à des prix corrects mais si InBev continue à augmenter ses prix pour s'aligner sur les autres pays européens, on va perdre le sens de cette réalité», déplore Hugues Dubuisson, l'un des patrons de la brasserie du même nom. InBev (Jupiler, Stella, Leffe, Kriek Belle-Vue) nuance: «comparé à la France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, la Belgique reste un pays de bière bon marché». Il n'empêche: chez Dubuisson, on est inquiet: «c'est tout le secteur qui risque de souffrir, et en particulier, l'Horeca, qui est la meilleure vitrine pour nos bières».

Adieu pays de la bière?

Dans les cafés du pays, précisément, on ne fait effectivement pas des bonds de joie. Comme à chaque fois, leurs tenanciers avancent les mêmes arguments. «Nous sommes obligés de répercuter cette hausse sur nos tarifs sans quoi on vend à perte; nos marges sont de plus en plus faibles, les taxes et les charges (salaires, loyers, etc.) ne faisant qu'augmenter, le tout dans un contexte de baisse de la consommation dans les bistrots», soupire Jean-Marie Dewandeleer, le président de la section «café» à Horeca Bruxelles. La hausse du prix de la pils au comptoir devrait, cette fois, osciller entre 5 et 10 centimes d'euro. «La Belgique ne sera bientôt plus le pays de la bière. On va vendre de la vodka polonaise, ce sera moins cher!»

© La Libre Belgique 2006