Libre Eco week-end | La start-up de la semaine

Nous avions croisé la route de Samuel Meirlaen et Anaïs Caroff, cofondateurs de Big Boy Systems, lors du Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas, en janvier 2018. Sanglés d’un engin similaire à une lampe frontale, ils y avaient dévoilé un prototype de Third-I (un "I" à prononcer à l’anglaise, comme dans "eye"). Il s’agissait en fait d’une caméra équipée de deux objectifs et filmant en 3D le point de vue de celui qui porte la caméra. "C’est la première caméra immersive qui voit et qui entend comme un être humain", nous confiaient-ils à l’époque.

Dans la foulée du CES, ils avaient mis le cap sur Austin, pour la célèbre conférence South by Southwest, avant de rallier San Francisco pour intégrer The Refiners, accélérateur et fonds d’investissement lancé par trois entrepreneurs français installés dans la Silicon Valley. Anaïs Caroff et Samuel Meirlaen en étaient ressortis trois mois plus tard hypermotivés sur la suite de l’aventure, mais aussi avec un investissement seed de l’ordre de 120 000 euros.

Depuis cette rencontre, on doit bien admettre que Big Boy Systems était un peu sorti de notre champ de vision. "Au total, on a dû travailler sur sept prototypes de notre caméra, raconte Samuel Meirlaen, installé dans l’atelier que la start-up occupe à Froyennes (Tournai) depuis l’été 2020. Rien n’est simple avec des projets hardware comme le nôtre. Le Covid nous a également retardé. Mais là, on a enfin fini notre longue et aventureuse phase de R&D et on est passé à la vente de la première version certifiée de Third-I (la caméra nécessite, actuellement, de posséder un numéro de TVA, NdlR)". De quoi, à l’évidence, insuffler une nouvelle énergie dans la jeune pousse wallonne. Désormais, Big Boy Systems compte deux employés (en plus des deux fondateurs). Elle peut compter aussi sur la collaboration de stagiaires et de quatre ingénieurs (hardware et software).

Dans la peau du chirurgien

En quoi la caméra Third-I est-elle différente d’une caméra portable classique ? Il faut en revenir aux origines du projet, dont l’idée a germé alors que Samuel Meirlaen était en 2e année d’ingénierie du son à Louvain-la-Neuve. C’est à l’IAD qu’il fait la découverte du son "binaural". "Il s’agit du son enregistré qui se rapproche le plus de l’audition humaine ou de l’écoute naturelle. En plaçant deux microphones sur la caméra, on donne à Third-I les mêmes propriétés physiques qu’une tête humaine avec ses deux oreilles", détaille le cofondateur de Big Boy Systems. L’innovation réside en fait dans la combinaison de ce son binaural avec la capture d’images 3D. Le tout a été breveté et s’incarne aujourd’hui dans la première version commerciale de Third-I, qualifiée d’unique caméra "qui réplique votre audition et votre point de vue à la première personne".

C’est bien beau tout ça, nous direz-vous, mais on fait quoi avec cette caméra frontale dotée de deux yeux et deux oreilles ? Pour reprendre la proposition de valeur mise en avant par la start-up tournaisienne, Third-I, que l’on peut acheter ou louer (avec un service d’accompagnement inclus), permet de "vivre, capturer et transmettre" la vie réelle sous la forme de vidéos immersives (à regarder avec un boîtier de réalité virtuelle). Parmi les nombreux usages potentiels de Third-I, Samuel Meirlaen épingle souvent l’expérience menée avec un chirurgien des Cliniques Saint-Luc. Pour faire "vivre" une intervention chirurgicale à ses étudiants depuis la salle d’opération, ce chirurgien a "capturé" son intervention grâce à Third-I afin de "transmettre" son savoir-faire.

Si Big Boy Systems garde toutes les possibilités ouvertes, la start-up a mis l’accent, depuis 2018, sur l’éducation, la formation professionnelle et la culture. À cet égard, elle vient de créer une ASBL pour répondre aux besoins et budgets spécifiques au monde de la culture.

L’avenir immédiat ? Développer la commercialisation, boucler une augmentation de capital de 250 000 euros pour étoffer le stock de caméras et… plancher sur la "V2" de Third-I !

Big Boy Systems, en bref

Société : Big Boy Systems a été fondée en 2015 par Anaïs Caroff et Samuel Meirlaen.

Investisseurs : The Refiners (120 000 euros en capital) et Wapinvest (crédit de 100 000 euros).

Site : https://bigboysystems.com

Particularité : Big Boy Systems, quel drôle de nom pour une start-up… Un peu intriguant. Inutile de vous casser la tête. Le jour où vous croiserez Samuel Meirlaen, la tête pensante et agissante de “BBS”, vous comprendrez tout de suite. Le boy frôle les 2 mètres !