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Bill Gates était à Bruxelles ce jeudi. Non pas pour goûter les pâtisseries locales - depuis son célèbre entartage de 1998, chacune de ses apparitions en Belgique fait l'objet de mesures de sécurité très strictes -, mais pour parler d'innovation. Et bien sûr pour rencontrer des responsables de la Commission européenne, avec laquelle on sait que les relations ont souvent été tendues ces dernières années.

"Mon ami Paul Allen et moi avons fondé Microsoft il y a 31 ans parce que nous rêvions à l'idée que chacun puisse avoir un ordinateur personnel. Cette vision s'est en grande partie réalisée, mais je crois que nous ne sommes toujours qu'au début de l'histoire. Dans les 10 ans à venir, le rythme de l'innovation va continuer à s'accélérer", affirmait jeudi le fondateur et président de Microsoft, dans le cadre de l'European Innovation Day.

Copyrights et brevets

Bill Gates s'est dit particulièrement réjoui de la montée en puissance de l'Inde et de la Chine, des pays dans lesquels sa société a installé deux de ses quatre principaux centres de recherche. Selon lui, "la croissance de l'Asie signifie qu'il y a chaque jour davantage de personnes intelligentes dans le monde".

Et l'Europe dans tout ça ? Pour Bill Gates, elle doit investir davantage encore dans la recherche et surtout améliorer sa législation en matière de brevets et de propriété intellectuelle si elle veut atteindre les objectifs ambitieux fixés à Lisbonne.

"Ce sont les copyrights et les brevets qui ont fait la force des Etats-Unis, car ce genre de protection favorise les et attire les investisseurs", explique le patron de Microsoft, qui a lui-même bâti son immense fortune sur la propriété intellectuelle. "Ce point peut clairement être amélioré en Europe".

Ce discours ne va-t-il pas à l'encontre de la montée des logiciels libres comme Linux ou Firefox, basés sur le partage des connaissances ? "Au contraire, je crois que les entreprises oseront davantage partager leurs idées avec d'autres si elles savent que ces idées sont protégées", répond Bill Gates.

Favoriser les écosystèmes

Et le patron de Microsoft d'insister également sur la nécessité pour sa société d'être "un exemple pour les entreprises qui investissent dans la recherche", et de créer ainsi des "écosystèmes de l'innovation". Le géant informatique investit plus de 15 pc de son chiffre d'affaires dans la recherche et le développement.

Le Premier ministre finlandais Matti Vanhanen, dont le pays préside actuellement l'Union européenne, était d'accord avec Bill Gates pour dire que l'Europe peut faire beaucoup mieux en matière d'innovation. "Si tous les pays de l'UE consacraient effectivement 3 pc de leur PIB à la recherche, cela augmenterait le budget total de 100 milliards d'euros", dit-il. "On parle souvent de la position de pointe de la Finlande dans ce domaine. Cela ne s'explique pas par l'excellence finlandaise, mais parce que les autres n'en font pas assez".

Pour Matti Vanhanen, la recherche européenne devrait être moins fragmentée, et dépend trop de l'argent public. Il plaide donc pour davantage de partenariats public-privé, tandis que les Etats devraient avant tout s'occuper de recherche fondamentale, d'enseignement et de régulation. "Un domaine que vous connaissez bien, je crois, Monsieur Gates", concluait-il, en faisant allusion aux démêlés de Microsoft avec les autorités européennes de la concurrence.

© La Libre Belgique 2006