Le groupe allemand Südzucker a inauguré lundi l’usine de Biowanze, son site de production de bioéthanol à Wanze et ce, en présence notamment du ministre fédéral des Finances, Didier Reynders (MR) ainsi que des ministres wallon de l’Energie, André Antoine (CDH) et de l’Economie, Jean-Claude Marcourt (PS). Chacun de ces derniers, dans les limites de ses compétences, a apporté sa contribution à la concrétisation du projet. Aujourd’hui, les installations de Biowanze qui produit non seulement du bioéthanol, mais aussi des protéines pour l’alimentation animale et humaine, sont présentées comme les plus modernes. En effet, le site utilise du blé et du sirop de betteraves pour la production du bioéthanol, mais il récupère les déchets de son activité (froment, etc.) pour alimenter sa chaudière biomasse et produire l’énergie dont elle a besoin pour son fonctionnement.

Le bioéthanol produit à Wanze garantit, selon les dirigeants, une réduction des émissions de CO2 de 70 pc par rapport aux carburants fossiles. Biowanze, qui représente un investissement de plus de 250 millions d’euros, affiche une capacité de production de bioéthanol de 300 millions de litres. "Nous produisons depuis janvier entre 60 et 70 pc de notre capacité, parce que le marché n’est pas encore totalement là. Mais nous espérons monter en puissance grâce aux nouvelles mesures que le fédéral vient de prendre", dit Guy Paternoster, un des directeurs de la raffinerie Tirlemontoise, une autre filiale de Südzucker et qui fournira le sirop de betteraves.

Les pétroliers pas pressés

En effet, le fédéral a récemment décidé, via la défiscalisation, d’inciter les pétroliers à vendre de l’essence avec un taux d’incorporation de 4 pc dès le 1er juillet 2009. "C’est un pas dans la bonne direction, mais nous avons encore un long chemin à parcourir. Il faut porter ce pourcentage à 10 pc conformément aux directives européennes sur les carburants", a indiqué Thomas Hubbuch, président du conseil d’administration de Biowanze. Pour son homologue de la raffinerie Tirlemontoise, Markwart Kunz, "toute cette technologie avancée et les certificats verts seront inutiles si les débouchés belges et européens ne sont pas assurés. Pour que cet investissement du groupe Südzucker en Wallonie soit un succès, il est vital que les objectifs politiques ne s’en tiennent pas à des promesses et des bonnes intentions". Avec ses installations (raffinerie Tirlemontoise, Biowanze, etc.), Südzucker dit offrir une alternative viable à 8 000 producteurs de betteraves et un débouché complémentaire à environ 40 000 fermiers. Il prévoit de consommer 800 000 tonnes de blé par an et 400 000 tonnes de betteraves. En raison de sa production (énergie, etc.), le groupe recevra de la Région wallonne 320 000 certificats verts par an à 90 € et il a bénéficié d’une aide régionale à l’investissement de 10 millions d’euros. "Cette infrastructure ne contribue en rien à la lutte contre les changements climatiques, ni à la conquête de notre indépendance énergétique. Biowanze absorbera plus de la moitié de la production wallonne de céréales. Or, notre pays est déjà loin de l’autosuffisance et importateur massif de céréales. Il y a lieu de s’interroger sur cette stratégie consistant à augmenter notre dépendance alimentaire tout en générant des transports consommateurs d’énergie et émetteurs de CO2", dénonce Inter Environnement Wallonie (IEW). Les pétroliers aussi ne sont pas pressés d’incorporer le bioéthanol dans leur essence. "Malgré la défiscalisation, le coût de production du bioéthanol est exhorbitant en Belgique et les pétroliers ne sont pas très enclins à incorporer la production belge dans leur carburant", nous a confié Olivier Neirynck, porte-parole de Brafco, la fédération des négociants en combustibles fossiles.