En empochant un contrat de 4,5 milliards de dollars pour Singapore Airlines (SIA), l’américain Boeing a remporté une bataille cruciale dans la lutte acharnée qu’il livre à son rival européen Airbus, déjà plombé par des nouveaux retards dans la livraison de l’A380.

En annonçant mercredi l’achat de 20 Boeing 787-9, SIA a assuré qu’il n’était pas lié aux nouveaux retards dans la livraison des super jumbo A380 d’Airbus, grand rival de Boeing.

SIA avait indiqué mercredi qu’elle était en pourparlers avec Airbus en vue d’obtenir une indemnisation du nouveau retard.

«Nous sommes déçus par l’annonce de délais supplémentaires mais nous travaillerons en lien avec Airbus pour minimiser les délais et leurs conséquences», avait indiqué SIA dans un communiqué.

«Sur la question de l’indemnisation, nous sommes en discussions à ce sujet avec Airbus», avait-elle ajouté.

La compagnie singapourienne doit être la première à affréter l’avion géant dont elle a commandé 10 exemplaires et placé une option sur 15 autres pour un montant de 8,6 milliards de dollars.

Le contrat SIA avait été claironné comme une victoire majeure d’Airbus dans le marché asiatique en plein boom, en particulier avec une Chine qui devrait rapidement devenir le deuxième marché après les Etats-Unis, avec des besoins en avions neufs compris entre 1.600 et 2.600 unités sur 20 ans, selon les estimations des constructeurs.

L’avionneur européen compte s’arrroger 50 pc du marché d’ici 2013, contre 40 pc actuellement. La compagnie aérienne Air China a confirmé jeudi l’achat de 24 Airbus A320 pour la somme de 1,74 milliard de dollars, partie d’une commande qui avait déjà été annoncée en décembre en France.

Mais la commande de vingt Boeing, annoncée mercredi par SIA, est «un revers pour Airbus», estime Jason Pereira, analyste chez Globalysis Ltd., à Singapour.

«20 Boeing 787 Dreamliners, c’est une grosse commande», souligne-t-il. Elle est la plus importante pour des 787 depuis celle de l’australien Qantas (115 appareils en janvier), rappelle l’analyste.

«Boeing était déjà pressenti pour reprendre la première place de fabricant mondial dans les années à venir... Avec ces commandes, il semble qu’il va le devenir plus vite que prévu».

Airbus revendique 52 pc du marché mondial. Boeing ne dévoile pas ses chiffres.

Les experts estiment que, derrière le plongeon mercredi en Bourse de l’action EADS, maison-mère d’Airbus, se cache la certitude des opérateurs que d’autres mauvaises nouvelles suivront.

«D’autres compagnies vont choisir le 787 contre l’A350», prévient un analyste sous couvert d’anonymat.

«La concurrence entre Boeing et Airbus est féroce en Asie. Ils sont coude à coude et l’annonce des retards de l’A380 est une très bonne nouvelle pour Boeing», explique Choosak Ratanachaichan, analyste chez Kasikorn Research Center, à Bangkok.

Mais, «même si Boeing prend la première place, Airbus va probablement le marquer à la culotte», souligne l’expert qui rappelle que l’A320 reste très populaire dans la région.

De plus, même si SIA et Qantas ont dit vouloir être compensés pour les nouveaux retards des A380, aucune compagnie n’a évoqué une annulation des commandes.

«Le statut global d’Airbus ne va pas être sérieusement ébranlé sauf si les clients en appellent à la justice», estime Kim Seung-chul, analyste à Séoul pour Kyobo Securities.

Il n’est pas non plus inhabituel pour un avionneur d’annoncer des retards, souligne Derek Sadubin, du Centre de l’aviation en Asie-Pacifique, à Sydney. Boeing avait lui aussi eu ce genre de déboires dans les années 60 avec le 747.

«Il y a toujours des bons et des mauvais moments... On ne peut jamais éliminer l’une ou l’autre compagnie», dit-il.