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Ce qui devait arriver arriva : mercredi en fin de journée en Europe, les dirigeants de Boeing ont admis un délai dans la livraison du nouvel appareil commercial B-787. Apparemment minime, surtout en regard des avancées technologiques et industrielles suscitées par l'avion, ce retard par rapport aux prévisions est actuellement fixé à 6 mois. Plus grave est cependant l'impact de cette nouvelle sur la crédibilité d'un avionneur réputé ponctuel.

Cette crédibilité commençait à s'éroder depuis plusieurs mois. Lorsque, en septembre par exemple, Boeing annonçait que le premier vol de l'avion, initialement prévu fin août, était reporté entre la mi-novembre et la mi-décembre, qui pouvait croire que le premier appareil serait livré à All Nippon Airways (ANA) en mai 2008 comme prévu ? Cela aurait impliqué que l'appareil accomplisse - avec fruit et sans pépin majeur - tous ces vols d'essais en moins de six mois, du jamais vu dans le secteur.

Déjà au Salon aéronautique du Bourget, en juin dernier, il se disait que le calendrier de fabrication du nouveau long courrier ne pourrait être respecté. En cause, des difficultés de sous-traitance et des problèmes de surpoids...

Dans cette affaire, plusieurs éléments heurtent le bon sens. Il y a trois jours, Randy Tinseth, président du marketing de Boeing, prétendait toujours tenir les engagements : "C'est un calendrier agressif, mais nous pensons pouvoir y parvenir" avait-il déclaré. Ceci illustre à quel point, dans une même entreprise, différents départements peuvent être déphasés l'un par rapport à l'autre. Chez Boeing comme chez Airbus, la course aux chiffres des commandes, ainsi que la volonté, côté financier, d'un retour sur investissement le plus rapide possible, semblent en total décalage avec le rythme d'étude et de production industrielle.

Est-ce pour continuer à engranger des contrats que l'avionneur américain a, si longtemps, nié l'évidence ? Voilà Boeing sur la même pente qu'Airbus, ce qui, soit dit en passant, ternit gravement l'image d'une industrie pourtant en pleine expansion, porteuse d'innovation, génératrice de profit et d'emploi.

Conséquences en cascade

Certes, six moins, ce ne sont pas encore les deux années de retard accumulées par le programme phare européen, l'Airbus A380. Rien de comparable non plus avec les nombreux hoquets de l'A350. Mais on sait ce que c'est : un premier délai pourrait avoir des conséquences en cascade sur les cadences de production, qui pourraient ne pas monter en puissance comme prévu et atteindre, six mois après la première livraison, le rythme de six appareils par mois. Alors, c'est l'engrenage.

Les causes invoquées pour expliquer ce retard alimentent d'ailleurs ces inquiétudes : une pénurie ou des difficultés de mise au point des rivets spéciaux permettant d'assembler les éléments en composite du fuselage, des problèmes dans la mise au point, par Honeywell, de logiciels pour les commandes de vol électriques. Qui sait quand des solutions seront trouvées ?

Pas plus réjouissants sont les problèmes de nombreux sous-traitants incapables de tenir les cadences exigées. Le programme B-787 se veut novateur dans l'externalisation d'une grande partie de la production, réalisée aussi en Asie et en Europe. Le système, visiblement, n'est pas au point. Or, le programme Airbus A350 XWB part sur des procédures similaires. Même si les causes ne sont pas identiques, il paraît déjà incroyable qu'à un an d'intervalle, Boeing avoue de problèmes d'industrialisation comme Airbus. Il serait souhaitable que ce phénomène à répétition s'arrête là et que le 787, aussi appelé Dreamliner, ne deviennent pas le cauchemar de Boeing car tout le monde, l'Europe comprise, aurait à y perdre.