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Le numéro un japonais de l'automobile Toyota a annoncé vendredi des résultats bien orientés au premier trimestre de son exercice 2019/2020, mais a abaissé ses prévisions annuelles, en raison notamment de la hausse attendue du yen face aux autres principales devises mondiales.

Le groupe a dégagé un bénéfice net de 682,97 milliards de yens (5,6 milliards d'euros) entre avril et juin (+3,9% sur un an), sur des ventes qui ont augmenté d'autant à 7.646,09 milliards de yens, tandis que son bénéfice d'exploitation a progressé de 8,7% à 741 milliards de yens.

Au cours des trois mois écoulés, comparativement à la même période de l'an passé, Toyota a vendu davantage de véhicules au Japon et en Europe, légèrement moins en Amérique du Nord, et un peu plus en Asie, notamment en Chine, d'après les éléments fournis dans une présentation.

Le groupe explique notamment ses performances par des efforts commerciaux accrus, le succès de ses nouveaux modèles comme le SUV hybride RAV4 et une optimisation permanente de ses coûts.

Cependant, il s'attend à ce que le yen grimpe davantage qu'il ne le pensait précédemment face au dollar et à l'euro, ce qui devrait amoindrir ses profits réalisés à l'étranger lorsqu'ils sont intégrés dans les comptes en devise nippone.

Toyota a ainsi réduit sa prévision de bénéfice net 2019/2020 à 2.150 milliards de yens, soit 100 milliards de moins que son précédent objectif. Il a aussi abaissé son objectif de bénéfice opérationnel, à 2.400 milliards de yens contre 2.550 milliards précédemment.

Quant au niveau de ses ventes mondiales sur l'exercice, le groupe s'attend désormais à les voir s'établir à 29.500 milliards de yens, contre un objectif précédent de 30.000 milliards de yens.

"Ne pas baisser la garde"

Le bénéfice opérationnel et le chiffre d'affaires devraient ainsi refluer par rapport à l'exercice 2018/2019, clos au 31 mars dernier, marqué par des ventes annuelles record à 30.225 milliards de yens, un montant inédit tant pour Toyota que pour n'importe quel autre groupe japonais.

Ce déclin anticipé ne s'explique "pas seulement" par l'effet des devises, mais aussi par le contexte actuel de l'industrie automobile dans son ensemble, a précisé lors d'un point de presse à Tokyo un président non-exécutif de Toyota, Moritaka Yoshida.

"La concurrence s'annonce féroce", a-t-il prévenu, faisant allusion aux bouleversements technologiques en cours qui obligent les constructeurs à faire d'énormes investissements et à multiplier les partenariats.

La résilience de Toyota contraste avec les difficultés actuelles de ses principaux rivaux japonais: publiés fin juillet, les bénéfices de Nissan ont ainsi fondu au premier trimestre, obligeant le groupe à tailler massivement dans ses effectifs de production. Quant à ceux de Honda, qui publiait également ses résultats trimestriels ce vendredi, ils ont aussi plongé sur la période.

Mais Toyota "ne doit pas baisser la garde", a insisté M. Yoshida.

Vents contraires sino-américains

Le groupe surveille de près le conflit commercial sino-américain, reparti jeudi de plus belle avec la menace du président américain Donald Trump d'infliger des hausses de droits de douane sur 300 milliards de dollars d'exportations chinoises encore épargnées.

Cette annonce continuait de faire mal aux marchés financiers vendredi et, à la Bourse de Tokyo, le titre Toyota n'a pas été épargné: il a clôturé en repli de 2,3% à 6.929 yens, davantage que l'indice vedette Nikkei (-2,1%).

"Nous voulons continuer de produire plus de véhicules localement, et cela peut être une mesure efficace" contre des politiques protectionnistes, a ajouté M. Yoshida, rappelant l'attachement de Toyota au libre-échange.

Le groupe n'a pas encore quantifié l'impact potentiel sur ses ventes en Corée du Sud des récentes tensions avec le Japon, qui a radié vendredi son voisin de sa liste de partenaires commerciaux privilégiés, mesure à laquelle Séoul a répliqué de la même façon.

Au Japon, la perspective de la hausse de la TVA prévue le 1er octobre dope les ventes de Toyota depuis quelques mois, mais un retour de bâton est à prévoir après cette date, a encore averti M. Yoshida.

Au total, près de 2,71 millions de véhicules du groupe (qui, outre Toyota, comprend la marque haut de gamme Lexus, Daihatsu ou encore les camions Hino) ont été achetés entre avril et fin juin dans le monde, contre 2,62 millions sur la même période un an plus tôt.

Il prévoit désormais d'écouler 10,73 millions de véhicules dans le monde sur l'exercice en cours, soit 10.000 unités de moins que dans ses estimations antérieures.