Tous nous avons été, ou serons confrontés à cela. La vie continue. Et, deux ans après le décès du créateur belge, son épouse a décidé de réaliser sa volonté : préserver l'oeuvre de sa vie, ses planches originales, dans leur intégralité. Pour ce faire, Luce Roba a racheté une partie des planches qui avaient été dispersées selon les règles en matière de succession, après avoir, elle aussi, payé des droits de succession. C'est que, nous a-t-elle expliqué, "Jean avait en horreur l'idée de voir ses oeuvres dispersées. Mais en même temps, il détestait l'idée de penser à sa propre mort".

Jean Roba, qui avait été approché pour créer une structure complexe destinée à pérenniser l'oeuvre d'une vie, n'est donc jamais passé à l'acte. Luce, par contre, a les pieds sur terre, et la volonté de finaliser les choses. Elle a donc opté pour la création d'une fondation privée, assistée d'administrateurs dévoués. Comme elle, ces derniers vont donc gérer une fondation à titre totalement bénévole. La fondation poursuit, selon ses statuts, différents objectifs. Cela va de la protection physique de la collection donnée par Luce Roba - un don d'une grande valeur affective, mais aussi d'une incalculable valeur de marché - à sa mise en valeur par les moyens électroniques comme les sites Internet. Sans oublier la stimulation des initiatives de jeunes artistes : Jean Roba, derrière ses bandes dessinées, était un artiste de formation classique, ce qui a contribué à donner à ses oeuvres un niveau de qualité reconnu.

L'aspect non lucratif de la fondation est un fait. Mais qui peut vivre sans ressources ? Et comment assurer les objectifs ambitieux de la fondation Roba ? "Il nous faudra mettre en place des partenariats", explique David Gillet, administrateur de la fondation Roba, spécialiste de la bande dessinée. Pourtant, celui-ci a déjà dirigé l'exposition du Chat de Philippe Geluck, dont on connaît le succès... "Certes, mais il faut savoir que les tickets d'entrée ne couvrent qu'un quart du coût d'une telle opération. Il est donc indispensable de trouver d'autres sources de financement", assure encore David Gillet. Et puis, c'est là une très grosse organisation. Mais rien ne presse.

Toutefois, la fondation Jean Roba, qui est dotée de quelques milliers d'euros, devra donc se préoccuper aussi de problèmes de gros sous. Mais elle participera aussi à la promotion d'une oeuvre qui, par ailleurs, se vend encore, et évolue grâce aux bons soins du dessinateur Laurent Verron qui, depuis 2003, a pris en main les destinées des petits personnages de Roba. Cela étant, Luce Roba se montre optimiste sur ces options : l'oeuvre de Roba est proche de tous les publics, et elle véhicule des idéaux propres à séduire les particuliers comme les entreprises. Il sera donc aisé de trouver les sponsors pour la prochaine édition d'un ouvrage sur les techniques de Roba, ses crayonnés pleins de vie, sa carrière. Il sera sans doute facile aussi de dénicher une entreprise susceptible d'alimenter en fonds un prix pour les jeunes dessinateurs belges... C'était aussi un des souhaits de Jean Roba, promouvoir "son" art, même après son départ. Avis aux amateurs.