Si une relative accalmie s'est installée sur le front boursier, les vives craintes d'une récession de grande ampleur dans les pays industrialisés persistent, nourries par une série d'indicateurs macroéconomiques inquiétants.

D'où le scepticisme des courtiers sur la durée de l'embellie. "L'opinion générale est qu'il ne s'agit que d'un sursaut avant la prochaine baisse", a estimé à Londres David Jones, chef stratégiste du cabinet IG Index.

Portée par une vague de chasse aux bonnes affaires, la Bourse de New York a gagné 10,88% (+889,35 points à 9.065,12 points), la deuxième plus forte haussse en points, après deux séances de forte baisse à l'issue desquelles l'indice Dow Jones était tombé à son plus bas niveau en plus de cinq ans.

Le marché "avait subi des ventes excessives", a jugé l'analyste Mace Blicksilver, de Marblehead Asset Management. La place new-yorkaise est soutenue "par l'idée que le marché devait rebondir après avoir plongé de 14% sur les cinq dernières séances", a noté Patrick O'Hare, de Briefing.com. Wall Street a également été soutenue par la perspective d'une nouvelle baisse mercredi des taux d'intérêt de la Réserve fédérale américaine. La Banque centrale européenne (BCE) a, elle aussi, ouvert la porte à une possible baisse de ses taux le 6 novembre.

Feu d'artifice également en Amérique latine, où Sao Paulo, première place de la région, a repris 13,42%. Au Canada, Toronto a gagné 7,2%. En Europe, les Bourses ont pour la plupart terminé dans le vert. Londres a gagné 1,92%, Paris 1,55% et Zurich 0,68%. La Bourse de Francfort s'est envolée de 11,28% grâce à une nouvelle flambée du titre Volkswagen, dont la valeur a été multipliée par plus de quatre depuis vendredi en raison de sa prise de contrôle par Porsche. Le titre a gagné 81,7% à 945 euros, après avoir dépassé en séance le seuil de 1.000 euros.

A contre-courant, Madrid et Milan ont clôturé en repli respectivement de 1,30% et 2,43%. Plus tôt dans la journée, Tokyo avait pris 6,41%, grâce au reflux du yen qui a rassuré les investisseurs. Hong Kong a fait un bond historique de 14,4%, après une chute record de 12,7%. Mais des opérateurs relativisaient l'embellie. "Même un chat mort rebondit", a plaisanté Yk Chan, directeur de Phillip Asset Management à Hong Kong.

La mobilisation sur la scène politique se poursuivait dans la perspective du sommet du G20 (principaux pays industrialisés et émergents) le 15 novembre à Washington, destiné à amorcer une réforme du système financier international. Le président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique Gordon Brown ont appelé à prendre des mesures pour éviter une contagion de la débâcle financière à l'Europe de l'Est.

"Nous voulons tous deux que des décisions concrètes soient prises pour que les causes qui ont créé la crise (...) ne se reproduisent plus jamais", a insisté M. Sarkozy à l'issue de la rencontre. Il a souhaité que l'Union européenne porte de 12 à "au moins 20 milliards" le plafond des prêts pouvant être accordés à des Etats européens en difficulté. A son tour, Gordon Brown accueillera jeudi à Londres la chancelière allemande Angela Merkel. Une nouvelle série d'indicateurs a alimenté les inquiétudes des investisseurs sur la dégradation de la conjoncture.

La confiance des consommateurs américains s'est effondrée en octobre à 38,0 points, contre 61,4 points en septembre, un niveau jamais vu depuis la création en 1967 de cet indice. Les prix des logements aux Etats-Unis ont enregistré une nouvelle baisse record en août, chutant de 16,6% sur un an. Et les chiffres du produit intérieur brut (PIB) américain au troisième trimestre, attendus en recul, devraient confirmer jeudi l'ampleur des difficultés de l'économie américaine. Le moral des ménages français a atteint son plus bas niveau depuis la création de l'enquête en 1987, alors que celui des consommateurs allemands est resté stable.

Confronté à un taux de chômage en hausse en France, M. Sarkozy a présenté mardi plusieurs mesures pour tenter de limiter l'impact de la crise, dont 100.000 contrats de travail subventionnés par l'Etat supplémentaires pour 2009. La crise financière et les mesures de soutien vont cependant coûter cher aux finances publiques. En France, le ministre du Budget Eric Woerth s'attend à une "dégradation du déficit" dans le cadre du projet de budget 2009.

De son côté, l'Etat fédéral américain aura un besoin de financement "sans précédent" pour l'exercice budgétaire entamé en octobre, a averti un responsable du Trésor, alors que les neuf plus grandes banques américaines s'apprêtaient à recevoir 125 milliards de dollars. L'Etat néerlandais a volé au secours du groupe d'assurance Aegon, injectant trois milliards d'euros afin de renforcer sa solvabilité. Pour calmer la volatilité des marchés, le gouvernement japonais a interdit à son tour les ventes de titres à découvert (spéculation à la baisse), une pratique accusée d'accentuer la chute des cours. L'euro a repris des couleurs face au dollar, remontant à 1,2715 dollar vers 20H30 GMT, après avoir brièvement touché un plus bas depuis deux ans à 1,2328 dans la matinée.

Les cours du pétrole ont encore reculé, toujours pénalisés par les inquiétudes sur l'économie. A New York, le baril de "light sweet crude" a fini à 62,73 dollars, en baisse de 49 cents. L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a brandi la menace d'une nouvelle réduction de production si les prix du brut continuaient à chuter. Les effets de la crise financière continuaient à peser sur les résultats d'entreprises et à grossir les rangs des chômeurs. Le fabricant d'électroménager américain Whirlpool a annoncé 5.000 suppressions d'emplois d'ici fin 2009, et Credit Suisse la réduction de 500 postes supplémentaires.

La filiale roumaine de Renault, Dacia, n'atteindra pas ses objectifs de livraisons de véhicules en 2008 et arrêtera sa production pendant quatre jours en octobre et novembre. Le groupe japonais de services financiers Nomura, qui a repris des activités de la banque américaine Lehman Brothers mise en faillite mi-septembre, a annoncé une perte de 1,2 milliard d'euros d'avril à septembre. Après Air France-KLM, Lufthansa a abaissé ses prévisions de résultat d'exploitation pour 2008. D'autres activités résistaient cependant: le bénéfice net du pétrolier britannique BP a bondi de 148% au troisième trimestre, à plus de 10 milliards de dollars.