On ne pourra jamais accuser Richard Branson de pas savoir humer l'air du temps. Et, incontestablement, les biotechnologies sont dans l'air du temps. Le médiatique PDG fondateur du label a annoncé jeudi la création d'une nouvelle société qui permettra aux familles de conserver les cellules souches de leurs enfants, dans l'optique de pouvoir les guérir ultérieurement de certaines maladies. Après les voyages dans l'espace, la traversée de l'Atlantique en montgolfière, la téléphonie mobile et les carburants "verts", Richard Branson a donc décidé de s'aventurer sur le terrain autrement plus glissant de la bioéthique.Sang de cordon

Le fondateur de Virgin va créer une société qui permettra de conserver les cellules souches sanguines des nouveau-nés en congelant le sang de leur cordon ombilical après leur naissance. Objectif : pouvoir les utiliser si nécessaire pour remplacer les tissus lésés par une maladie dégénérative, voire un accident. "Nous prélèverons le cordon ombilical que nous couperons en deux. Une première partie sera à l'abri dans un centre national du sang auquel tout le monde pourra accéder. Quant à la seconde, elle sera gardée précieusement pour servir à l'enfant", a expliqué Richard Branson. Ce faisant, le magnat britannique s'aventure dans un domaine technologique très innovant, mais aussi très controversé. Même si, outre-Manche, le stockage de sang de cordon par des banques privées fait pratiquement partie des moeurs. Près de 10 000 personnes ont franchi le pas - dont certaines célébrités comme le footballeur Thierry Henry, le comédien Brad Pitt ou encore le prince Felipe d'Espagne - et plusieurs entreprises se partagent ce marché. Rappelons que les banques privées de sang de cordon sont interdites en France et en Italie. En Belgique, la situation légale baigne dans le flou artistique. Pour l'heure, la seule entreprise active sur le marché de la conservation des cellules souches - la banque privée Cryo-Save - reste suspendue aux choix que feront les sénateurs en la matière. Or, les avis sont plutôt partagés. Côté socialiste, on préférerait que le prélèvement, la conservation et l'implantation des cellules souches restent entre les seules mains des hôpitaux reconnus, des centres de collecte de sang et des banques de tissus. Côté libéral, on estime que si une entreprise privée dispose des indispensables agréments, on ne peut pas lui interdire une activité au nom de la liberté d'entreprendre. A l'origine de ce différend réside surtout le potentiel que les scientifiques attribuent aux cellules souches. Les cellules autologues possèdent, en effet, un gros potentiel en matière de thérapies cellulaires, surtout dans le cadre de maladies nerveuses dégénératives. Mais c'est là aussi que le bât blesse. Pour la communauté scientifique, les banques privées de cellules souches flirtent avec l'illusion, dans la mesure où la recherche scientifique est encore loin du compte. Par ailleurs, les cellules souches adultes contenues dans la moelle osseuse sont aussi prometteuses alors qu'elles ne nécessitent pas de conservation préalable.