David Cameron joue au pompier. Le Premier ministre britannique tente d’éteindre l’incendie qu’il a lui-même provoqué par sa désastreuse stratégie de communication faisant suite à l’implication de son père par les "Panama Papers". Lundi, il s’est indigné devant la Chambre des communes des allégations "profondément blessantes et fausses" contre son père, décédé en 2010. Il assure en effet que le fonds d’enregistrement monté par celui-ci au Panama et dans la Barbade était enregistré auprès de l’administration des impôts britannique et que ses propriétaires payaient des impôts sur leurs dividendes. "C’est une pratique habituelle qui ne visait pas à éviter de payer des impôts", a-t-il affirmé, rappelant que la BBC, le quotidien "The Guardian" et des municipalités utilisaient également ce type de supports financiers pour placer leur argent.

Afin de convaincre les Britanniques de sa bonne foi, bien qu’il ait menti par omission pendant quatre jours avant d’avouer avoir détenu des parts dans ce fonds offshore, David Cameron avait utilisé ce week-end la carte de la transparence. Il avait ainsi publié ses sources de revenus et de ses dépenses depuis l’année fiscale 2009-2010. Une première de la part d’un dirigeant politique britannique.

Les documents indiquent qu’en plus de son salaire de député et de Premier ministre (140 522 livres en 2015 soit 175 000 euros), les époux Cameron ont reçu depuis cinq ans £430 800 de la location de leur maison dans l’ouest de Londres, qu’ils occupaient avant leur déménagement Downing Street. Il a payé £75 898 d’impôts en 2015 sur des revenus personnels de £200 307.

Des revenus mis sur la place publique

Le leader travailliste Jeremy Corbyn en avait profité dimanche pour suggérer que tous les députés britanniques devraient rendre publics leurs sources de revenus et leur déclaration d’impôts. "Je pense que l’on bouge dans cette direction", avait-il expliqué lors d’un entretien télévisé. "Je pense que c’est une bonne chose, que tout le monde sache quelles influences opèrent." Le responsable travailliste des finances John McDonnell et lui ont donc publié leurs revenus lundi, avant que le chancelier de l’échiquier George Osborne ne soit forcé de faire de même.

David Cameron a pourtant voulu tuer cette initiative dans l’œuf et empêcher que cette initiative ne se répande à tous les députés. S’il a expliqué lundi qu’elle était désirable pour le Premier ministre, le leader de l’opposition et les responsables des finances des deux principaux partis car "ils sont ou veulent être responsables des finances de la nation", il estime que les règles actuelles concernant les députés sont "assez robustes". Mettant en avant l’argument de la confidentialité des contribuables, il a raconté craindre qu’un tel prérequis soit ensuite imposé aux journalistes, hauts responsables du service public, etc. Un argument également utilisé par le leader du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni Nigel Farage.

Annonce passée plus inaperçue, le Premier ministre a également promis la création d’un groupe de travail destiné à examiner la légalité des opérations des entreprises citées dans les "Panama Papers". Ses enquêteurs et analystes seront issus de l’administration des impôts et des douanes, de l’agence nationale contre le crime, du bureau des fraudes et du régulateur financier. Ils disposeront d’un budget de £10 millions (12,5 millions d’euros).