Entreprises & Start-up

Les mésaventures du personnel de Dexia et de Fortis ne plaident évidemment pas en sa faveur. Pourtant, en dépit de ces accidents de parcours, l’actionnariat salarié est un phénomène qui se développe dans le monde entier avec une dominante historique aux Etats-Unis mais un fort courant en Europe également. Cela concerne évidemment les grandes sociétés, cotées en Bourse mais de plus en plus on pense aux PME.

" Le modèle est évidemment américain à l’origine. Il y a pris une tournure spécifique en 1974, avec la création de l’Esop, l’Employer stock ownership plan, explique Marc Mathieu, secrétaire général de la Fédération européenne de l’actionnariat salarié. Le système qui ne coûte pas un cent au salarié, lui permettait surtout de se constituer une retraite. Mais en outre, cela permet d’assurer la pérennité de l’entreprise ." On parle ici de sociétés de moins de 1 000 travailleurs. Les avantages fiscaux accordés vont très loin. Une entreprise peut être exonérée d’impôt à 100 % lorsque le personnel devient majoritaire dans le capital. Par contre le fisc se rattrape sur la taxation des dividendes. Les actions sont gérées par des fonds dédiés, des trusts qui se chargent des mouvements de titres, voire de la représentation du personnel en assemblée. Cela a aussi permis de développer une culture de la gestion d’entreprise, du risque de faillite ou de la transmission de la société. C’est une sorte de "leverage buy out" à long terme dont le trust est le principal acteur : " Le personnel devient progressivement, sur 30 ans, l’actionnaire principal de l’entreprise, sans avoir eu à débourser le moindre dollar ", insiste le président de la Fédération.

En Europe, c’est le général De Gaulle qui a incité les grandes entreprises françaises à ouvrir leur capital aux travailleurs. Mais le vrai moteur européen de l’actionnariat salarié, ce fut la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher. " Elle y voyait évidemment un moyen de faciliter son programme de privatisations mais les libéraux britanniques avaient également constaté que depuis 1974, les entreprises américaines dans lesquelles le personnel est impliqué affichaient un indice de productivité nettement plus élevé, une motivation plus marquée du personnel et un taux d’absentéisme en baisse. Et cela se vérifie toujours, quel que soit le taux de participation au capital de l’entreprise ." Un taux de participation (déjà important) de 3 à 5 % dans les grandes entreprises cotées comme Total, suffit donc pour donner l’impulsion.

Les derniers mois de reprise boursière ont encore permis de constater que les entreprises à l’actionnariat salarié font mieux que les autres. Toutefois, une fois de plus, on reste cantonné aux grandes entreprises. " Sur 10 millions d’actionnaires salariés en Europe, 9 millions travaillent dans de grandes entreprises. Aux Etats-Unis, sur 27 millions de travailleurs actionnaires, 17 millions travaillent dans des majors et 10 millions dans des PME… L’Europe s’intéresse trop peu à ses PME. "

Et que dire alors de la Belgique ? " On aurait intérêt à repartir de zéro, soupire Marc Mathieu. En 2001, alors que Guy Verhofstadt était Premier ministre, on a rédigé un texte tellement compliqué qu’il a fait flop très rapidement. Seuls quelques pionniers très motivés comme Colruyt ou EVS ont décidé de passer… à l’action. En fin de compte, c’est le système des stock-options qui s’impose un peu par défaut. Pourtant, il existe toujours une mesure très simple qu’il suffirait de réactualiser : c’est le Monory-De Clercq de 1981, toujours en vigueur et qui permet d’acquérir pour 800 euros d’actions de son entreprise en déduction de ses impôts. Et pour les PME, on pourrait s’inspirer du système Esop. Mais pour cela, il faut une volonté politique qui n’existe pas, sans parler de l’opposition viscérale des syndicats à cette idée ." Il est vrai que Fortis et Dexia ont fait des dégâts, y compris sur le plan politique. Pourtant, certains y voient une vraie solution pour les PME.


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