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Carrefour aux urgences

C.M.

Publié le - Mis à jour le

Carrefour, n° 1 européen de la distribution, a annoncé mardi un "plan de sauvetage" en Belgique, qui a sans conteste les allures d’un plan de restructuration : perte d’au moins 1 672 emplois (11 % des effectifs), consécutif à la fermeture de 21 magasins structurellement en perte, à savoir 14 hypermarchés sur 56 (dont 10 en région flamande) et 7 supermarchés sur 61 (tous en Flandre); reprise de 20 magasins (le nom de Mestdagh est évoqué de manière insistante); gel des rémunérations des salariés, le temps d’atteindre les modalités d’une commission paritaire inférieure; et abaissement de l’âge de la prépension.

A la base de ce plan, un constat "dur mais bien réel" de la présence de Carrefour en Belgique depuis 2000, date à laquelle il a racheté les enseignes du groupe GIB en faillite. Malgré l’investissement de 845 millions depuis 2001, les pertes cumulées sur la même période s’élèvent à 40 millions d’euros. Les parts de marché sont également en recul (de 30 à 25 % depuis 2001). "Il n’y a aucune raison que la part de marché ne dégringole pas, car nous sommes devenus moins performants que nos concurrents", a commenté Gérard Lavinay, patron de Carrefour Belgique, qui a présenté hier à l’entreprise un plan qu’il qualifie lui-même de "rigoureux" et "drastique". Et de pointer un recul du chiffre d’affaires tant pour les hypermarchés que les supermarchés, alors que le marché de l’alimentaire dans son ensemble est en augmentation. "En hypermarché, nous aurions dû réaliser en 2009 un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros, alors que nous atteignons 2 milliards. C’est un "gap" de 25 %." En supermarché, le "gap" est de 23 %. Les seules années positives depuis 2005 pour ce segment des supermarchés sont 2008 et 2009, "suite à la décision, en 2007, de franchiser 16 supermarchés", précise-t-il.

De là à parler d’une faillite d’un système, il y a un pas qu’il ne franchira pas. D’autant que du côté des franchises, le groupe se porte plutôt bien. C’est l’activité intégrée (les magasins qu’il a en propre) qui pose problème. "Après dix ans de présence en Belgique, la pérennité de l’activité est mise en cause. Malgré tout, l’entreprise a la ferme intention de se donner les moyens, c’est-à-dire de rester en Belgique. Si tant est que l’on peut se battre avec les mêmes armes que nos concurrents", ajoute-t-il. Les mêmes armes, ce sont avant tout les mêmes conditions salariales, un des six points du plan.

"Nous avons un coût salarial à l’heure prestée 29 % supérieur à celui de nos concurrents." Et d’évoquer des raisons historiques, d’ancienneté du personnel, mais également de commission paritaire (312 au lieu de 202). L’intention de Carrefour est d’aligner ses barèmes à ceux de ses concurents (Colruyt et Delhaize, en tête), en bloquant les salaires le temps - quelques années - d’arriver au même niveau. Les discussion avec les syndicats porteront aussi sur certains acquis en matière de jours de congé.

Deuxième point : la reprise de 20 magasins, dont 14 "structurellement déficitaires". Trois : "Continuer à développer la franchise, explique Gérard Lavinay. Sept "super" ont été identifiés qui pourraient passer en mode franchisé." La relance du commerce arrive en 4e position. Depuis plusieurs mois, le groupe travaille sur d’autres modèles commerciaux. "Il faut devenir "BCBG" : bon commerçant et bon gestionnaire." L’accent sera également mis sur de plus petits formats (Carrefour GB ou Market) et des magasins de proximité (relance du déploiement de l’Express avec 25 ouvertures par an), sur l’alimentaire en général et sur une réadaptation des hypermarchés en termes de taille et d’offre. "On va relancer la machine, réinventer le modèle - un problème de fond en Europe, pas seulement en Belgique. 300 millions d’euros pourraient être ainsi investis." En points 5 et 6, le groupe évoque une réduction des frais généraux (25 millions d’euros) et une adaptation des coûts de fonctionnement du siège qui serait filialisé et dont le personnel passerait à une commission paritaire inférieure.

"Ces six mesures permettront de sauver 2 992 emplois", a indiqué Gérard Lavinay. Insuffisant, toutefois... D’où la décision de fermer 14 hypermarchés (perte de de 1 352 emplois) et 7 supermarchés (320 emplois) d’ici au 30 juin. "Il faut faire les choses rapidement mais proprement", a-t-il conclu, évoquant l’abaissement de l’âge de la prépension et d’autres mesures à déterminer avec les syndicats. "Nous avons souhaité aller jusqu’au bout, ce que nous n’avons pas fait jusqu’ici (malgré des fermetures en 2007 et la perte de 900 emplois, NdlR) , mettre la vérité crûment sur la table. La solution est drastique, mais c’est la seule pour sauver un maximum d’emplois." Et la condition sine qua non du maintien de Carrefour en Belgique.

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