Trente ans de maison. Un mari, un beau-frère, une belle-sœur et des neveux et nièces dans l’entreprise. C’est peu dire que Josiane Soupart n’a pas été affectée par les nouvelles tombées hier matin du conseil d’entreprise extraordinaire de Carrefour. Au magasin de la rue Léopold Ier, où elle travaille, le personnel s’interroge sur son avenir et se demande de quoi il sera fait s’il se retrouve à travailler pour l’enseigne Mestdagh.

"J’ai commencé en 1981 dans ce même magasin, raconte-t-elle . Je n’avais que 16 ans à l’époque, et c’était très différent." Comme le dit son mari : "Entrer chez GB autrefois c’était comme entrer à l’Etat : une place sûre dans une enseigne stable." Mais aujourd’hui, les conditions de travail et le prestige de l’enseigne se sont considérablement détériorés. Pour s’en convaincre, il suffit, dit-elle, de jeter un coup d’œil aux caisses et de voir les deux longues files de clients qui s’impatientent alors que l’ensemble des autres caisses du magasin sont fermées. "On nous a mis dans une spirale négative, dit-elle. En voulant faire des économies sur le personnel, on a négligé le service au client. Celui-ci a peu à peu déserté les magasins, et on a donc continué à faire des économies."

A 1 050 euros par mois à mi-temps pour elle, et 1 400 euros à temps plein pour lui, Josiane et Luc peuvent s’estimer vernis. "Aujourd’hui, les nouveaux gagnent encore moins que nous, et on ne les engage que sur des contrats à durée déterminée, poursuit-elle. Quand on a commencé, mon mari et moi avons tout de suite pu nous mettre en ménage. On était payés correctement et on aimait notre travail. Les jeunes qui entrent chez Carrefour aujourd’hui ne peuvent pas en dire autant."

Josiane se souvient avec nostalgie des dix années qu’elle a passées à la boucherie avant de travailler à la caisse. Elle et ses collègues formaient alors " une vraie famille ", comme elle dit. " L’ambiance était bonne et on était heureux de venir travailler ." Mais si elle se dit toujours fière de travailler chez Carrefour, c’est aujourd’hui le sentiment de tristesse qui prédomine sur tous les autres. " Carrefour c’est trente ans de ma vie. Maintenant, nous allons devoir payer pour des erreurs de gestion que nous n’avons pas commises."