Il a préféré garder l’anonymat. Lui, c’est un gérant d’un des seize magasins Carrefour qui ont été franchisés il y a trois ans. Appelons-le François.

Au début de la conversation, François dit qu’il ne veut pas entrer dans ce débat un peu pourri. On dirait qu’il a peur. On ne sait pas très bien de qui d’ailleurs. Ou alors, il n’a pas l’habitude d’être sous le feu des projecteurs. Mais, il ne faut pas beaucoup le pousser pour qu’il lâche ce qu’il a sur le cœur. Et ses critiques sont clairement ciblées. "Ce qui se passe aujourd’hui est un peu la faute des syndicats, affirme-t-il. Des syndicats qui ont été trop loin, qui ont fait des blocages pour des bêtises."

Résultat des courses, le salarié de chez Carrefour est très cher. Peut-être trop cher si on compare avec les rémunérations des travailleurs dans les franchisés. "L’heure coûte plus cher dans le groupe intégré. On y constate beaucoup plus de congés de maladies. Ils ont droit à beaucoup de congés", témoigne François. Dans un franchisé, le salarié travaille 38 heures, contre 36 heures (avec une heure de réduction de temps de travail chez Carrefour Belgium). Il ne faut pas une année de travail pour avoir une semaine de congé en plus. "C’est ingérable", constate François.

Quant au salaire horaire dans un franchisé, François ne le donne pas. Il ne s’en souvient pas. Ou peut-être ne veut-il pas le dévoiler. Ce qui est sûr, c’est que ce sont beaucoup de jeunes qui travaillent dans les rayons après avoir signé un contrat d’intérim pour être sûr qu’ils conviennent.

C’est comme cela, dit-il, qu’il arrive à rendre rentable un magasin qui ne l’était pas. Car pour le reste, tout est resté Carrefour. " Les produits sont identiquement les mêmes. Tout est la même chose sauf le personnel" , explique-t-il.

Autrement dit, ce n’est pas un problème de produits. Mais le problème n’est peut-être pas qu’au niveau du coût du personnel. "Le concept d’hypermarché n’est plus très porteur , reconnaît François. Il faut presque un brevet de l’Adeps pour faire ses courses dans un hypermarché Carrefour" , ironise-t-il. Au niveau de la localisation, il y a aussi des erreurs majeures. Et de donner l’exemple de Charleroi où il y a deux hypermarchés à 600 mètres l’un de l’autre. "C’est normal qu’on ferme un des deux." Voilà son analyse. Et d’en conclure "que les gens vont peut-être perdre des acquis disproportionnés" .