Le conseil d’entreprise d’ouverture de la procédure Renault de Caterpillar s’est tenu lundi à Gosselies. Alors que l’on s’attendait à une rencontre plutôt brève, la direction locale et les syndicats se sont parlé pendant quatre heures. Elmo Clemente, secrétaire CSC du conseil d’entreprise, décrit une ambiance "très, très tendue". "Notre question principale était : ‘Pourquoi ces délocalisations de notre production vers d’autres usines de Caterpillar alors que nous sommes compétitifs, avons abaissé de 36 % nos coûts de fonctionnement depuis la restructuration de 2013 et respecté le contrat passé avec le groupe ?’"

"Le directeur financier de Gosselies a rappelé le contexte global du groupe, avec une baisse du chiffre d’affaires, passant de 65 milliards de dollars en 2012 à environ 40 milliards aujourd’hui. Il a expliqué que cela a conduit Caterpillar à annoncer, en septembre 2015, que le groupe allait consolider ou fermer plus de 20 sites, réduire de 10 % sa surface de production totale, réduire les coûts de 1,5 milliard de dollars par an et que 10 000 emplois seraient potentiellement concernés" , signale Thomas Godfrin, porte-parole de Caterpillar Belgium.

Des experts viendront, si besoin, donner des explications

La direction du site de Gosselies a reçu le mandat du groupe pour négocier aussi bien la phase 1 que la phase 2 de la procédure Renault. "C’est une bonne chose car elle connaît le personnel, les syndicats et l’entreprise", déclare Elmo Clemente. N’ayant toutefois pas pu répondre à toutes les questions, parfois techniques, posées par les syndicats, la direction locale s’est engagée à faire venir, si besoin, lors de prochains conseils d’entreprise, des experts du groupe. Les deux parties devraient se voir tous les dix jours pendant la phase 1 et les prochaines réunions sont fixées au 22 septembre et au 5 octobre.

L’épineuse question du blocage des livraisons des engins de chantier fabriqués à Gosselies reste entière. La production n’a pas repris dans l’usine lundi, même si les syndicats envisagent une reprise relativement rapide, "mais pas à n’importe quel prix". "Le front commun n’a pas encore statué sur la question des livraisons mais, quand la production aura repris, il faudra faire de très bonnes machines afin qu’elles aient le plus de valeur possible", indique Elmo Clemente.

Le groupe a des solutions pour l’approvisionnement

Thomas Godfrin rappelle que "si le blocage devait se poursuivre, Caterpillar aura la possibilité temporaire de faire appel à d’autres usines du groupe pour assurer les livraisons. Temporaire car la loi Renault interdit, dans la phase d’intention de fermeture, d’exclusivement faire appel à des sources d’approvisionnement alternatives."

Dans l’après-midi, les représentants du personnel de Caterpillar Gosselies ont été reçus à Bruxelles, au Lambermont. Ils ont pu s’entretenir avec le Premier ministre Charles Michel (MR) et le ministre wallon de l’Economie Jean-Claude Marcourt (PS). "On n’a rien appris de nouveau mais je reste confiant. Avec les autorités fédérale et régionale, nous avons accordé nos violons pour jouer la même partition", explique Jean-Marie Hoslet (CSC). "Nous avons dit que la priorité des priorités, c’est la phase 1 de la procédure Renault : que peut-on sauver chez Caterpillar ? L’entreprise dispose de trois bâtiments, un pour les activités de soudure, un autre pour l’assemblage et le troisième pour les machines-outils. Rien n’empêche qu’on les dissocie afin de conserver de l’activité."

Il faudra parler de l’âge de la prépension

Hier toujours, une déclaration de Kris Peeters, le ministre fédéral de l’Emploi (CD&V) n’est pas passée inaperçue. Questionné sur un possible abaissement de l’âge de la prépension pour les travailleurs de Caterpillar, il a répondu : "Ce ne serait pas très intelligent de lancer des éléments qui donneraient à Caterpillar une marge de manœuvre." Pour Jean-Marie Hoslet, qui plaide pour une prépension à 50 ans, "Stratégiquement, le ministre a raison de dire cela. Mais il faudra à un moment se mettre à discuter de l’âge de la prépension."