Quel succès ! Voilà ce qu’on pourrait dire en voyant les mandats d’administrateur proposés ces derniers temps aux trois des quatre ex-patrons belges de banque. En tête du palmarès se trouve Michel Tilmant, l’ex-CEO du groupe financier néerlandais ING. Il est un des administrateurs représentant l’Etat belge au sein de BNP Paribas. Il va aussi rentrer au conseil du groupe familial Lhoist spécialisé dans la chaux. Il va par ailleurs côtoyer Etienne Davignon et François Cornelis (Total) au conseil de Sofina (holding de la famille Boël). Le groupe d’assurances luxembourgeois Foyer et sa filiale Capital&Work Foyer Group ont également fait appel à lui.

André Bergen, l’ancien patron de KBC, ne se débrouille pas trop mal non plus avec, notamment, des mandats chez Cofinimmo et à la bourse internationale NYSE Euronext. Quant à Axel Miller, il va entrer au conseil de Spadel (boissons), de même que dans des sociétés non cotées (Carmeuse, par exemple).

On peut se demander ce qui rend ces banquiers si attractifs. “Ces choix sont assez logiques. Il s’agit de trois personnes expérimentées avec un profil international”, commente Philippe Lambrecht, secrétaire général à la FEB et spécialiste de la gouvernance d’entreprise. “Il est assez difficile de jeter la pierre à une personne individuellement. Tous les CEO de banque ont sauté. Quelqu’un comme André Bergen a une expérience incroyable. Je comprends que des sociétés se ruent dessus pour l’avoir dans leur conseil”, analyse Pierre Nothomb, associé chez Deminor.

Comme l’explique aussi André Bergen (lire ci-dessous), ces (anciens) banquiers peuvent se prévaloir d’une expertise visiblement appréciée par diverses sociétés malgré leur éventuelle part de responsabilité dans la débâcle bancaire. Et puis, il y a aussi le carnet d’adresses qui joue ! Quelques exemples. Le président de Cofinimmo est André Dirckx, qui fut collègue d’André Bergen au comité de direction de la Générale de Banque. André Bergen reconnaît d’ailleurs que cela a facilité les choses.

On peut aussi supposer que Pierre Drion, président de Spadel, a joué un rôle – parmi d’autres critères de choix – dans la nomination d’Axel Miller comme administrateur. Pierre Drion n’est en effet pas pour rien dans l’arrivée d’Axel Miller chez Petercam comme associé.

Et puis Philippe Lambrecht voit une autre explication dans le choix de noms connus comme Michel Tilmant, Axel Miller ou André Bergen. “Cela rassure les investisseurs institutionnels”, explique-t-il. “A la limite, la composition du conseil d’administration est un facteur de communication, ajoute-t-il. La formation d’un conseil est une équation à beaucoup d’éléments. Il y a cette obligation de trouver trois administrateurs indépendants. Dans la pratique, ce n’est pas évident.”

En terme de rémunération, Michel Tilmant ne sera pas en reste. Chez Sofina, les tantièmes perçus par les administrateurs indépendants s’échelonnent entre 130 000 et 140 000 euros. Assez étonnamment, il gagnera plus que chez BNP où sa rémunération devrait osciller entre 22 000 et 30 000 euros. André Bergen, quant à lui, aura droit chez Cofinimmo, s’il devient un administrateur actif dans l’un ou l’autre comité (rémunération, audit, etc.), entre 40 000 et 50 000 euros.

Ces montants paraissent tout de même dérisoires à côté des salaires qu’avaient tous ces banquiers du temps où ils étaient CEO…

© La Libre Belgique 2010