Ken De Sutter - Coiffeur dans le centre de Bruxelles : “Apparemment, la coiffure en Flandre, en Wallonie ou à Bruxelles, ce n’est pas le même métier…”

Ken De Sutter est coiffeur à Bruxelles. Depuis 11 ans, il exerce son métier aux côtés de Fabian, dans le salon Fab-Ken Hair Design, rue Léon Lepage en plein centre-ville. Avant la crise liée à l’épidémie mondiale de coronavirus, le salon de Ken et Fabian réalisait un chiffre d’affaires mensuel d’environ 5 000 euros. "Lors du premier confinement, nous avons reçu 4 000 euros d’aides de Bruxelles-Capitale, partage le coiffeur. Puis il y a deux semaines, un nouveau communiqué nous annonçait que nous avions droit jusqu’à 5 000 euros supplémentaires pour la période du deuxième confinement."

Mais pour le commerçant dont le gagne-pain est fermé depuis novembre, la démarche régionale n’est pas claire. "Nous avons touché une première tranche de 1 500 euros il y a quinze jours, et nous aurons, à ce qu’il semblerait, un autre dossier à remplir fin février pour savoir à combien nous avons droit en plus jusqu’au plafond maximal de 5 000 euros. C’est un véritable flou artistique puisque nous n’avons aucune idée des critères qui serviront à calculer ces aides."

En outre, pour le commerçant, la somme proposée est "faible". "En tant qu’indépendant, j’ai deux loyers, professionnel et privé, deux factures d’électricité, deux assurances… tout à payer en double. Plus de trois mois de chiffre d’affaires ont déjà été perdus pendant ce deuxième confinement, et on nous promet une somme qui représente moins du tiers, au maximum ! ", s’exclame le coiffeur, qui embraye : "Mais par-dessus tout, je trouve le système totalement injuste puisque la somme promise est la même quelle que soit la taille de l’entreprise. Un coiffeur qui emploie deux personnes n’a pourtant pas les mêmes besoins qu’un entrepreneur qui en emploie dix ! De même que les aides sont différentes selon que l’on exerce en Flandre, en Wallonie ou à Bruxelles. Apparemment, la coiffure en Flandre, en Wallonie ou à Bruxelles, ce n’est pas le même métier…". Finalement, pour Ken De Sutter, le salon devrait voir le bout du tunnel, mais ce ne sera pas grâce aux aides régionales. "Nous allons mettre les bouchées doubles dès la réouverture, travailler sept jours sur sept et jusqu’à 20 heures" , conclut l’indépendant.

Ken De Sutter - Coiffeur dans le centre de Bruxelles : “Apparemment, la coiffure en Flandre, en Wallonie ou à Bruxelles, ce n’est pas le même métier…”
Ken De Sutter - Coiffeur dans le centre de Bruxelles : “Apparemment, la coiffure en Flandre, en Wallonie ou à Bruxelles, ce n’est pas le même métier…” © D.R.

Julien Wyffels : Ex-chef de salle dans une brasserie bruxelloise : Les indemnités de chômage ont vite régressé”

Il y a un an, Julien Wyffels travaillait comme troisième chef de salle dans une brasserie bruxelloise réputée. “On était comme une famille, très soudés, bien payés et… officiellement de surcroît, avec des collègues dont certains avaient plus de 30 ans de maison. J’y ai appris la rigueur dans le travail, on se passait le témoin.” Puis sont arrivés le premier confinement et la fermeture de l’horeca. “Ça a été un choc. On s’est tous retrouvés au chômage. Je recevais un net mensuel de 1 500 euros environ, bien moins que mon salaire net antérieur. J’ai patienté, mais je ne tenais pas en place, j’ai beaucoup d’énergie, c’est comme ça.”

Au moment de la brève réouverture de l’horeca, la brasserie de Julien n’ose pas redémarrer et remettre au travail ses 17 équivalents temps plein. Trop risqué. Et puis, l’activité est à nouveau gelée par les autorités. “J’ai vite commencé à trouver le temps long. Et puis, les indemnités ont baissé assez rapidement, à 1 200 euros par mois. Clairement, elles m’ont permis de tenir au début. J’avais un peu d’argent de côté et je suis propriétaire de mon logement. Ça aide.” Certains de ses collègues sont toujours au chômage, et leurs fins de mois sont de plus en plus difficiles. “Certains ont demandé le gel de leurs crédits hypothécaires, mais les banques ont été très strictes.”

De son côté, Julien Wyffels a la bougeotte. Après quelques mois, l’oisiveté pèse à cette boule de nerfs. Un ami, Michaël Sins, boucher, lui signale au hasard que la boucherie de son quartier est à remettre. C’est Le Coin Gourmand , au numéro 88 du boulevard des Invalides à Auderghem. Sans trop y croire, Julien visite rapidement les lieux, à l’arrêt. “Et… on s’est lancé. J’avais des solutions financières, parce que les prêts à l’investissement n’étaient pas possibles pour notre projet. Mon père m’a aidé. Sans lui, je ne l’aurais pas fait. La famille de Michaël lui a aussi prêté main-forte.”

Les deux compères ouvrent Le Coin Gourmand le 6 octobre dernier. “C’est un métier essentiel, et dans ce quartier résidentiel, la clientèle familiale nous attendait. Les gens nous ont acceptés, ils ont accepté nos petits ratés. Et puis, on a découvert… la paperasse, les contrôles. On n’y connaissait rien.”

Julien Wyffels : Ex-chef de salle dans une brasserie bruxelloise : Les indemnités de chômage ont vite régressé”
Julien Wyffels : Ex-chef de salle dans une brasserie bruxelloise : Les indemnités de chômage ont vite régressé” © D.R.

Jean-Christophe Weicker - Directeur de Voyages Copine (10 agences) : “Des aides insuffisantes, surtout par rapport aux aides flamandes”

M i-mars 2020, nous avons rapatrié nos clients en voyage à l’étranger et commencé à annuler les voyages avec des dates de départ proches. Nous pensions à l’époque que cela allait durer quelques semaines…”, raconte Jean-Christophe Weicker, directeur de Voyages Copine, un réseau de 10 agences en Wallonie. “ Nous restons aujourd’hui confrontés au même problème : nous n’avons pas de date ultime de fin de crise. Selon l’arrêté ministériel, l’interdiction des voyages non essentiels est d’application jusqu’au 1er avril. Nous n’avons pas de perspectives !”

Pour cet ancien avocat, responsable, depuis 1996, de ce réseau qui emploie 34 collaborateurs (soit 30 équivalents temps plein, ETP), “on doit maintenir du personnel en place pour rester en contact avec la clientèle et gérer des dossiers de réservations qui s’annulent au fur et à mesure. J’ai donc en permanence 5 ETP qui travaillent. Et les rentrées financières sont égales à zéro !”

Pendant la crise, Voyages Copine a pu bénéficier d’aides fédérales : chômage économique pour le personnel, réduction ONSS, droit passerelle pour le dirigeant, et de différentes aides de la Région wallonne. “Nous avons reçu 36 000 euros de la Région wallonne ; or, j’ai perdu 75 % de mon chiffre d’affaires l’an dernier…, indique le responsable. “Le problème, c’est que les autorités considèrent les agences de voyages comme une seule entité : qu’il y ait un point de vente ou 10, les aides sont les mêmes. Il n’y a qu’une seule de ces aides qui était octroyée en fonction du nombre d’ETP.” Des aides suffisantes ? “Non, les aides wallonnes ne sont pas suffisantes”, répond Jean-Christophe Weicker, “s urtout quand on les compare aux aides accordées par la Région flamande qui, elles, permettent de survivre.” Il poursuit : “Je ne vais pas m’en sortir grâce aux 36 000 euros. Ce que j’ai perdu en 2020, je dois le refinancer. Je vais y aller de ma poche pour une partie et, pour le reste, je compte sur un prêt de la Sogepa (le dossier est en cours) et sur un prêt des banques.” Pour ce qui est de l’avenir, le responsable “espère que l’été sera possible.” “On attend le vaccin et on espère la mise en place du passeport santé. Le vaccin Covid est une simple condition qu’on met au voyage, comme on a besoin, par exemple, d’un vaccin contre la fièvre jaune pour aller en Ouganda.”

Jean-Christophe Weicker - Directeur de Voyages Copine (10 agences) : “Des aides insuffisantes, surtout par rapport aux aides flamandes”
Jean-Christophe Weicker - Directeur de Voyages Copine (10 agences) : “Des aides insuffisantes, surtout par rapport aux aides flamandes” © D.R.