Le nouveau patron de Carrefour, le Suédois Lars Olofsson, passe à la vitesse supérieure. Six mois à peine après son arrivée à la tête du numéro 2 mondial de la grande distribution, il a annoncé en présence d’analystes financiers le lancement d’un plan d’économies de 4,5 milliards d’euros pour enrayer la perte de vitesse de Carrefour.

D’ici 2012, Lars Olofsson prévoit d’économiser 3,1 milliards d’euros grâce à une profonde refonte du modèle de fonctionnement du groupe et 1,4 milliard en réduisant ses stocks à sept jours. "Nous devons réduire nos coûts pour être en mesure de réaliser nos ambitions, qui sont de générer une plus forte croissance et d’améliorer nos marges", a-t-il expliqué. Ce plan touchera "principalement" la France, l’Espagne, l’Italie et la Belgique. L’objectif affiché est "pour l’instant de transformer notre façon de travailler sans supprimer d’emplois", a précisé M. Olofsson.

L’annonce de ce plan, le jour même où on apprenait le départ de Marc Oursin de la direction de Carrefour Belgique (lire notre précédente édition), a été très mal reçue par le Setca. Hier, le syndicat socialiste belge a déploré qu’"aucune information préliminaire n’ait été donnée aux représentants du personnel [ ] bien que cela fasse partie des droits de base des organes de concertation". Parlant d’attitude "irrespectueuse" à l’égard des milliers de collaborateurs belges du groupe et des partenaires sociaux, le Setca avertit qu’il veillera à ce que le personnel de Carrefour Belgique "ne soit pas la victime de la gestion chaotique du groupe ces dernières années". D’ici la fin du mois de juillet, c’est le Français Gérard Lavinay - actuel directeur des supermarchés "Carrefour Market" en France - qui reprendra les rênes de la filiale belge. M. Lavinay devrait présenter d’ici la fin de l’année un plan commercial pour Carrefour Belgique.

Le "plan Olofsson" repose sur trois "initiatives stratégiques". Un : le renforcement de la marque avec notamment "la poursuite de la convergence" de ses enseignes et "le lancement de nouveaux produits de la marque Carrefour" (marque de distributeur). Deux : en matière d’organisation, le groupe mise notamment sur la simplification de ses structures en "mutualisant" certaines fonctions au sein de ses quatre principaux pays (France, Espagne, Italie, Belgique). Trois : Carrefour veut "réinventer" l’hypermarché (en perte de vitesse même s’il représente encore 57 % de l’activité du groupe). "Nous avons jusqu’à la fin de l’année pour trouver de nouveaux modèles, que nous pourrons tester dès 2010", a affirmé M. Olofsson. Le patron de Carrefour a par ailleurs confirmé sa volonté de poursuivre la baisse de ses prix et ainsi de lutter contre l’image d’enseigne chère qui colle à ses hypermarchés.

L’ensemble de ces mesures visent clairement à remédier à la détérioration de la situation financière du groupe français, dont le bénéfice a chuté de 44 % l’année dernière. Lars Olofsson a indiqué que le chiffre d’affaires du 1er semestre 2009 devrait être en légère hausse par rapport à la même période de l’année dernière, à environ 46 milliards d’euros. Le résultat opérationnel du semestre (avant éléments exceptionnels), lui, devrait baisser fortement pour "s’établir aux alentours d’un milliard d’euros" (contre 1,4 milliard il y a un an). Enfin, le résultat net pour les six premiers mois de l’année sera "impacté" par des charges exceptionnelles de 550 millions d’euros (dont 400 millions pour l’Italie).

Dès vendredi matin, le titre Carrefour rebondissait à la Bourse de Paris, les investisseurs appréciant à l’évidence la teneur du "plan Olofsson". Le titre a gagné 5,7 % à 32,15 euros. Chez Natixis Securities, on indiquait en particulier que les économies allaient "très au-delà" des attentes du marché et que "l’ensemble des mauvaises nouvelles" avaient désormais été délivrées au marché.P.-F. L. (avec AFP)