CO-ENTREPRENEUR CAFÉ #22 | Par ma participation à Kauffman Fellows , j’ai la chance d’être exposé régulièrement aux stratégies des meilleurs VC ( venture capitalists ) de la planète, qui viennent former et partager leur expérience. Tout récemment, à Londres, j’ai retenu l’expérience de deux fonds européens, Seedcamp et Creandum , qui démontrent qu’il est possible de réussir des success stories au départ de l’Europe.

– Chronique de Roald Sieberath, multi-entrepreneur, coach de start-up et venture partner pour LeanSquare, directeur de AI Black Belt, professeur invité à l’UCL et à l’UNamur

Seedcamp, lancé il y a plus de 10 ans, était un des tout premiers fonds seed (capital d’amorçage) en Europe, avec un premier fonds de… seulement 2 millions.

En ayant sur certains points des similitudes avec des fonds et accélérateurs de la Silicon Valley, en particulier celle de viser des "champions globaux", pas des champions locaux ou nationaux.

On connaît tous ces start-up qui sont la version "belge" ou régionale d’un concept qui cartonne aux États-Unis… Lancés 2 ou 3 ans plus tard, dans les meilleurs des cas, ils deviennent le champion national dans un grand pays (Allemagne, France), mais avec une très faible probabilité de devenir un acteur global, voire même européen.

Seedcamp a fait ce choix radical, ainsi que celui de ne pas forcer les start-up investies à venir à Londres, mais de les trouver et les accompagner dans leurs marchés locaux, qui ont été l’Estonie, la Roumanie, etc.

La stratégie s’avère payante, puisque Seedcamp a, en portfolio, des "licornes" (valorisées à plus de 1 milliard) telles que TransferWise , Revolut , ou UI Path , et même une poignée de "centaures" (futures licornes, valorisées à plus de 100 milions). C’est cette rigueur dans le processus de sélection qui leur permet de déclencher un cycle vertueux, de relations avec des investisseurs de premier plan, qui eux-mêmes entraînent l’entreprise dans une croissance globale.

Des leçons similaires existent chez Creandum, qui avait investi tôt dans Spotify, et qui a résisté à la tentation de revendre vers 2013, quand elle était valorisée à 1 milliard. Bonne décision puisque Spotify a pu être valorisée en bourse de New York à près de 30 milliards.

Des chiffres qui donnent le vertige, peut-être, mais derrière cela, l’enjeu n’est rien moins que d’avoir des acteurs européens dans cette carte du monde qui se redessine par la technologie, et où les grands acteurs tendent à être américains.

Et d’encourager autour de nous, des entrepreneurs visionnaires et ambitieux.