Olivier Vande Vyver et Fabienne Hocquet, pourriez-vous décrire la mission de LiEU en quelques mots ?

Nous sommes une interface entre le monde de la recherche universitaire et celui des entreprises. Le premier service du réseau est de faire connaître aux entreprises ce que font les universités et les mettre en relation. Il s’agit d’un transfert de connaissances. Quand on sait que les universités belges forment ensemble une communauté de 10 000 chercheurs répartis dans quelque 250 laboratoires, il est aisé d’imaginer leur force de frappe. Toutefois, pour qu’une entreprise puisse s’y retrouver et mobiliser rapidement les compétences dont elle a besoin pour avancer, des moyens sont nécessaires. Ces 15 dernières années, notre réseau LiEU s’y est attelé en relayant les demandes des entreprises vers les laboratoires pertinents. Tout cela en chapeautant les différents types de partenariats.

Quelle est la finalité de cette mise en relation chercheurs/entreprises ?

L’objectif est de répondre aux besoins de la société dans son quotidien. Le fruit des collaborations universités/entreprises permet de toucher des secteurs aussi variés que l’alimentaire, l’enseignement, la détection des maladies, des dictionnaires pour traduire la langue des signes, les besoins logistiques de la mobilité avec en toile de fond la protection de l’environnement... Cela peut sembler étonnant, mais nous sommes très proches des petits actes journaliers de la population... Celle-ci en a toutefois rarement conscience.

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Est-ce que votre action a été modifiée sous l’impulsion du Covid19 ?

Oui, tout d’abord parce que nous avons dû trouver de nouvelles façons de fonctionner, et mettre en avant d’autres modes d’interactions et de connexion entre les chercheurs et les entreprises. Les besoins de ces dernières se sont aussi modifiés sous l’impulsion de la crise sanitaire : ils sont devenus immédiats et spécifiques. Cela a permis aux chercheurs de faire émerger des idées : comme ils sont forgés pour trouver des solutions qui n’existent pas encore, ils étaient certes sous pression, mais dans leur élément. Ils ont pu concrétiser leurs innovations sur le terrain... Tout cela dans un contexte sans précédent.

Un exemple pratique ?

Oui, les chercheurs ont mis en place un test d’autoprélèvement salivaire pour détecter le Covid19. Il s’agit du fruit d’une collaboration entre des médecins, des vétérinaires et des ingénieurs. Il s’agit d’un bon exemple de réactivité durant la crise. Les chercheurs ont aussi donné des réponses en termes d’immunité et de problèmes psychologiques en un temps record. Cette prouesse a été rendue possible parce que de nombreux échanges ont été organisés afin de pouvoir diagnostiquer au mieux le virus. On pense souvent que la recherche est déconnectée de la réalité, qu’elle demeure dans les laboratoires et ne concerne que des domaines bien spécifiques comme les sciences et techniques. Mais il n’en n’est rien : les interactions universités/entreprises donnent lieu à des solutions concrètes aussi bien dans le secteur du divertissement que de l’éducation, la nutrition, les sciences sociales...

Quelques idées de réalisations nées de collaborations laboratoires de recherche/entreprises ?

Il y en a énormément... Mais nous pouvons par exemple vous parler de Domobios, un produit naturel pour tuer les acariens et autres bêtes domestiques, ou encore de Unisensor, des tests rapides pour la détection de contaminants dans l’industrie agro-alimentaire, sans oublier Flowchase, qui aide à la prononciation des langues étrangères. Skalup, de son côté, est un conseiller virtuel pour l’achat en ligne, tandis que ShareABike est un système de partage de vélos verrouillable via une application smartphone. Comme vous le voyez, les domaines touchés sont aussi divers que variés...

Comment parvenez-vous à mettre en contact les « bons » chercheurs avec les « bonnes entreprises » ?

Cela exige une bonne connaissance de nos chercheurs et de leur expertise, mais aussi une collaboration étroite avec les entreprises de la région. La force de notre réseau est de comprendre le besoin de l’entreprise, d’identifier le bon partenaire et de trouver la meilleure forme pour que le projet se concrétise. La collaboration apparaît aussi en fonction du contexte particulier, comme par exemple le cas du Covid19 : nous devons alors nous tenir prêts à réagir rapidement. Ensuite, nous gérons tout ce qui a trait à la propriété intellectuelle, le cadre juridique de la collaboration...

Certaines universités possèdent aussi leurs propres points forts...

Oui, tout à fait... Par exemple, dans le cadre de la crise sanitaire, les laboratoires de recherche sont très complémentaires : l’ULB et la KUL excellent dans la recherche de vaccins et possèdent des équipements spécifiques à la recherche fondamentale dont les entreprises ne disposent pas. Les universités de Liège et de Namur sont de leur côté très actives dans le domaine des protocoles de diagnostic. L’UCL s’est quant à elle mobilisée pour mettre à disposition des respirateurs. L’Université de Mons, enfin, a étudié les troubles de l’odorat et du goût (anosmie/dysgueusie) chez les patients infectés par le virus. Tout cela s’est bien entendu effectué en étroite collaboration avec le monde entrepreneurial.

Infos : www.reseaulieu.be