Christophe de Margerie, dont la nomination à la tête du groupe pétrolier français Total a été entérinée hier par le conseil d'administration, aurait sans doute pu se permettre de ne jamais travailler. Sa mère, Colette, est en effet la dernière des huit enfants de Pierre Taittinger, fondateur de l'empire du même nom. Mais l'homme a préféré suivre la voie du pétrole plutôt que celle du champagne.

C'est en 1974, alors qu'il est fraîchement diplômé de l'Institut universitaire de technologie et de l'Ecole supérieure de commerce de Paris ("Sup de co") qu'il entre chez Total. Comme son prédécesseur, Thierry Desmarest, qui conservera les fonctions de président, Christophe de Margerie a gravi un à un les échelons de la sixième "major" mondiale en termes de capitalisation boursière (la quatrième par le chiffre d'affaires).

Sens de l'humour

On dit de Christophe de Margerie (56 ans), un homme apprécié pour son sens de l'humour et du contact, qu'il a le talent de comprendre très vite les attentes de ses interlocuteurs. Une qualité qui lui fut utile quand, dans les années 1990, il fut directeur général de la zone au Moyen-Orient. Pendant une petite dizaine d'années, il régna sur les plus belles réserves de pétrole et de gaz de la compagnie. C'est d'ailleurs à ce titre qu'il a passé, en décembre dernier, soixante-quatre heures en garde à vue dans le cadre de l'enquête sur des commissions occultes versées lors du programme "Pétrole contre nourriture" mis en place par l'Onu en Irak à la suite de la première guerre du Golfe.

Et ce n'est pas le seul dossier difficile au passif de Total. Il y a bien sûr le procès de l'"Erika", qui vient de commencer (une des plus grandes catastrophes écologiques en France). S'y ajoutent le drame de l'explosion de l'usine AZF en France et les accusations de travail forcé en Birmanie.

Christophe de Margerie arrive à la tête du groupe à un moment clé. Avec son style austère, Thierry Desmarest est l'homme qui aura réussi le rachat d'abord de PetroFina et ensuite d'Elf au point, diront certains, d'avoir délaissé d'autres enjeux comme les énergies renouvelables.

Christophe de Margerie devra, lui, travailler dans un contexte géopolitique en pleine mutation. Certes, il reprend les rênes d'une Total florissante. Le bénéfice publié ce mercredi devrait avoisiner le montant record de 12,5 milliards d'euros en 2006. Mais comme le souligne Guillaume Bousson, spécialiste énergie au cabinet Eurogroup, la question est : "Dans quoi investit-on pour demain et après-demain ?" La question est d'autant plus pertinente que plusieurs pays producteurs de pétrole et de gaz, à l'instar du Venezuela, de la Russie ou de l'Equateur, veulent de plus en plus garder la maîtrise de leurs ressources en matières premières.

BP a donné le ton en modifiant la signification de son sigle par "Beyond Petroleum" (au-delà du pétrole).

Christophe de Margerie, a, lui, déjà indiqué que, outre les énergies renouvelables, il pourrait s'intéresser au nucléaire.