Le Congrès américain a entendu jeudi cinq milliardaires qui ont fait fortune grâce aux fonds spéculatifs, les "hedge funds", considérés non comme la cause mais comme un accélérateur de la chute des bourses mondiales depuis début septembre.

"En moyenne, nos témoins ont gagné un million de dollars par an", a résumé le président de la commission d'enquête, le démocrate Henry Waxman.

Témoignaient cinq divas de Wall Street : John Alfred Paulson (Paulson&Co), George Soros (Soros Fund Management), James Simon (Renaissance Technologies), Philip A.Falcone (Harbinger Capital Partners) et Kenneth Griffin (Citadel Investment Group), en plus de quatre professeurs d'université.

Certains sont devenus philanthropes, d'autres défendent bec et ongles leurs affaires, affirmant qu'ils fournissent des emplois aux Etats-Unis. "Quatre-vingt pc de nos biens viennent d'investisseurs étrangers", a dit notamment John Paulson, dont les fonds ne sont accessibles qu'à des particuliers investissant plus de 5 millions de dollars.

"Ceux qui gèrent des "hedge funds" ne sont pas nécessairement nés sur la Cinquième Avenue", a ajouté Philip Falcone, qui a insisté sur ses origines modestes.

Les "hedge funds" sont des fonds d'investissement réservés à des particuliers ou à des institutions qui attendent un rendement élevé sur leurs placements. Leur manager est rétribué selon le volume des fonds investis et en fonction des performances. En raison de faveurs fiscales aux Etats-Unis, les managers de ces fonds ne sont taxés qu'à concurrence de 15 pc de leurs revenus, ce qui a fait dire au député démocrate Elijah Cummings que "Joe le plombier est plus taxé que Joe le manager de fonds". L'impôt sur salaire moyen aux Etats-Unis débute aux environs de 25 pc. Certains "hedge funds" pratiquent le "short selling", qui provoque des mouvements de yo-yo sur les Bourses. D'autres investissent en empruntant de l'argent (pas plus de 35 pc, a dit Paulson).

Un risque systémique

Selon le professeur David Ruder, ancien président de la Securities and Exchange Commission (SEC), une régulation des "hedge funds" est nécessaire car ils présentent un risque systémique.

"Des fonds à fort effet de levier qui empruntent de larges montants et s'engagent dans des transactions complexes en utilisant des produits dérivés exotiques peuvent dérégler dangereusement le marché s'ils sont incapables d'honorer leurs obligations financières ou doivent vendre leurs biens pour repayer les investisseurs", a-t-il dit.

Certains "hedge funds" ont dû vendre rapidement en septembre et en octobre pour couvrir leurs positions. Les fonds spéculatifs auraient perdu 100 milliards de dollars d'actifs en octobre, sous l'effet combiné de la chute boursière et du départ de leurs clients, selon une étude récente de la société spécialisée Eurekahedge. Le recul en octobre de ces fonds a été de 4 pc en Amérique du Nord, contre 6,8 pc en Europe.

Les cinq milliardaires interrogés hier sont en faveur d'une transparence (limitée) sur leurs fonds, réclament des filets de sécurité plus solides aux banques que ceux imposés par les accords dits de "Bâle II", mais divergent sur l'avenir des "hedge funds". George Soros a prédit qu'ils allaient être "décimés" par la crise et affirme qu'ils "font partie" d'elle. James Simons (qui a gagné 2,8 milliards de dollars en 2007 grâce à ses modèles mathématiques) estime qu'ils jouent un rôle important en fournissant des liquidités au marché. "Chaque "hedge fund" est contrôlé par son propriétaire, ce qui n'est pas le cas d'une banque d'investissement", a-t-il dit. "Le plus important est de garder les gens dans leurs maisons, même si leurs prêts-logement se sont effondrés", a t-il ajouté, en soutenant implicitement une aide directe du gouvernement au consommateur américain.

© La Libre Belgique 2008