REPORTAGE

À SAN FRANCISCO

Rester à la pointe de la technologie. C'est l'obsession de toutes les entreprises de la Silicon Valley. Y compris de Cisco Systems, qui investit chaque année plus de 3 milliards de dollars dans la recherche et le développement. Ce qui n'empêche pas le fabricant de systèmes de réseaux -qui fut brièvement la plus grosse capitalisation boursière au monde avec une valeur de plus de 555 milliards de dollars en mars 2000- d'avoir une approche différente en matière d'innovation.

Pour tout ce qui concerne la recherche à long terme, par exemple, Cisco préfère miser sur des partenariats avec des universités plutôt que sur ses propres chercheurs. «Nous travaillons avec une vingtaine d'universités à travers le monde sur les applications qui seront commercialisées d'ici 5 à 10 ans», explique Charles Giancarlo, le «chief development officer» de la société.

Il faut dire que l'ensemble du secteur est confronté à une pénurie de spécialistes. «C'est un problème qui nous inquiète beaucoup, dit Charles Giancarlo. D'autant plus que le nombre d'étudiants en mathématiques et en sciences continue à diminuer, tant aux Etats-Unis qu'en Europe occidentale.»

D'où la décision de Cisco de financer elle-même une partie des formations, via des «Network Academy» mises sur pied à travers le monde entier. Leur objectif: apprendre aux étudiants à construire et maintenir des réseaux informatiques. «Ces classes accueillent aujourd'hui 1,9 million d'étudiants, explique Ron Ricci, le responsable du «positionnement stratégique» de Cisco. Nous venons d'en ouvrir en Jordanie, par exemple, et nous prévoyons d'en faire de même en Egypte et dans d'autres pays du Moyen-Orient, afin de contribuer au développement de cette région du monde. Les étudiants y sont d'ailleurs tout aussi performants qu'à New York ou en Californie. Suite à l'ouragan de l'année dernière, nous avons sponsorisé aussi des «Network Academy» en Louisiane et dans le Mississippi.»

Plus de 100 acquisitions

L'autre grand axe de l'innovation chez Cisco, ce sont les acquisitions. Dans ce domaine, la société californienne est devenue ces dernières années un véritable champion, avec plus de 100 rachats de sociétés en 10 ans. «Nous considérons les acquisitions comme une de nos compétences de base», explique Ned Hooper, un des responsables de la division «Fusions et acquisitions» de Cisco.

Le principe est toujours le même: plutôt que de tout développer en interne, Cisco reste en permanence à l'affût de la création de PME innovatrices, grâce à un réseau mondial d'informateurs formé de banquiers, d'investisseurs et de clients. Lorsqu'elle détecte un potentiel de croissance, Cisco passe à l'action et rachète la petite structure, en essayant de conserver un maximum de ses employés. «En général, les sociétés que nous reprenons n'occupent qu'entre 50 et 75 personnes, et moins de 10 pc d'entre elles choisissent de quitter la boîte, dit Ned Hooper. Cela nous permet d'éviter les problèmes que peut poser la fusion avec une entreprise beaucoup plus grosse.» Sous-entendu: Cisco n'a pas l'intention de racheter le finlandais Nokia, comme l'affirme une rumeur récurrente.

Vidéo avant tout

Cisco a également investi plus d'un milliard de dollars de capital à risque dans certaines «start-up». Elle vient notamment de s'associer à Disney et Intel dans MovieBeam, un service de films à la demande.

Car, pour la société californienne, c'est clair: la vidéo est le principal pôle de croissance des années à venir, que ce soit dans le divertissement, la sécurité ou la communication. «Les innovations technologiques entraînent des ruptures constantes sur le marché, explique Ned Hooper. Mieux vaut donc rester très vigilant si l'on veut saisir les opportunités.»

© La Libre Belgique 2006