La banque américaine Citigroup a enregistré au premier trimestre une perte massive sous l'effet de colossales dépréciations, mais évité le scénario catastrophe de certains analystes, ce qui a malgré tout rassuré les marchés qui veulent croire que le pire de la crise est passé.

La banque a annoncé vendredi avoir enregistré au 1er trimestre une perte nette de 5,1 milliards de dollars, contre un bénéfice de 5 milliards de dollars un an plus tôt, due à des dépréciations d'actifs d'un total de 12,1 milliards. La perte par action est ressortie à 1,02 dollar, plus lourde que la perte de 0,95 dollar par action attendue par les marchés. Après cette annonce, le titre gagnait près de 6% dans les échanges électroniques d'avant-séance, signe que les marchés approuvent cette douloureuse "opération vérité" sur les comptes du groupe.

Citigroup devient pourtant ainsi la banque américaine la plus touchée par la crise du crédit hypothécaire "subprime", avec des dépréciations totales depuis cet automne de plus de 30 milliards, devant sa consoeur Merrill Lynch qui a porté jeudi son effort total à près de 29 milliards de dollars. Déjà au 4e trimestre 2007, Citigroup avait essuyé des pertes de 10 milliards après avoir apuré son bilan de 18 milliards d'actifs surévalués. Le produit net bancaire (équivalent du chiffre d'affaires) du 1er trimestre a diminué de 48% à 13,2 milliards de dollars, un résultat cette fois très supérieur aux 8,9 milliards attendus par les marchés.

Citigroup a expliqué que la perte nette s'expliquait notamment par des dépréciations de 6 milliards sur les crédits hypothécaires, de 3,1 milliards sur les crédits à effet de levier, de 1,5 milliards sur les crédits aux fonds d'investissement et de 1,5 milliards sur certains types de titres. Il inclut en outre une hausse de 3 milliards des coûts du crédit, comprenant à la fois une lourde perte de 1,7 milliard sur les crédits accordés et une provision pour créances douteuses de 1,3 milliard.

Ce grand nettoyage des comptes s'est accompagné d'une diminution de l'exposition de la banque aux créances hypothécaires "subprime" de mauvaise qualité, ramenée à 29 milliards de dollars contre 37 milliards fin 2007. "Nos résultats financiers prennent en compte la possibilité de la poursuite d'un environnement sans précédent pour les marchés et le crédit", a commenté le nouveau DG du groupe, Vikram Pandit, cité par le communiqué. "Malgré ces facteurs négatifs, nous continuons de voir une dynamique solide dans notre entreprise, avec des volumes d'affaires robustes dans de nombreux produits et régions", a-t-il cependant affirmé. Il a rappelé que la banque avait levé de nouveaux fonds d'un total de 30 milliards de dollars depuis décembre.

La veille, M. Pandit a indiqué dans une interview au Financial Times vouloir réduire les coûts fixes de la banque de 10% à 20%, une déclaration-choc qui explique aussi le bon accueil réservé à ces résultats vendredi. M. Pandit a précisé que ces économies seraient réalisées notamment par des suppressions d'emplois, par une restructuration des services informatiques, et par une poursuite de la vente d'activités non stratégiques. Selon les analystes, plusieurs milliers voire dizaine de milliers de d'emplois pourraient être supprimés sur un total de 370.000.

Pour se renflouer, Citigroup a fait appel à des bailleurs de fonds de tous horizons depuis cet automne, notamment dans le Golfe et en Asie. En novembre, l'Abu Dhabi Investment Authority, fonds souverain de l'émirat d'Abou Dhabi, a injecté 7,5 milliards en rachetant 4,9% de la banque. Citigroup a ensuite vendu en janvier au fonds koweïtien Kuwait Investment Authority l'équivalent de 3 milliards de dollars d'actions, puis annoncé avoir obtenu plus de 12,5 milliards de dollars, dont 6,88 milliards versés par le fonds souverain de Singapour qui a acquis près de 4% de son capital.

Le prince saoudien Al Walid, qui détenait déjà 3,6% du capital, a de nouveau lui aussi mis la main à la poche, pour un montant qui n'a pas été divulgué. Ces levées de fonds avaient été rendues urgentes par les résultats catastrophiques de ce qui était alors la première banque américaine par la capitalisation, qui avaient entraîné la démission du PDG Charles Prince en novembre.