La banque américaine Citigroup a annoncé vendredi qu'elle allait se diviser en deux, après avoir enregistré de nouvelles pertes considérables au quatrième trimestre, de 8,29 milliards de dollars.

Rapporté au nombre d'actions, le géant newyorkais a perdu 1,72 dollar lors des trois derniers mois de l'année, ce qui est encore plus lourd qu'attendu par le marché, car les analystes tablaient sur -1,19 dollar.

C'est le cinquième trimestre déficitaire d'affilée annoncé par le groupe. Cette nouvelle contre-performance s'explique notamment par des pertes de 6,1 milliards sur les crédits ouverts par la banque et le passage de 6,0 milliards de dollars de provisions sur ses créances douteuses. Le groupe a dû également provisionner 2 milliards de coûts de restructuration et déprécier dans ses comptes la valeur d'actifs à risque pur 5,6 milliards, selon un communiqué.

Sur l'ensemble de l'année, Citigroup a annoncé un résultat net négatif de 18,72 milliards de dollars. Sa perte par action est de 3,88 dollars, alors que le marché prévoyait un déficit par action de l'ordre de 3,24 dollars.

Dans un communiqué séparé, Citigroup a annoncé qu'elle allait se réorganiser sous forme de deux établissements aux comptes séparés : ses activités saines vont reprendre le nom historique de Citicorp -en un clair symbole de l'échec de la fusion engagée il y a onze ans pour former le groupe actuel- alors que ses actifs à risques seront regroupés au sein de Citi Holdings. "Au vu de la situation actuelle de l'économie et des marchés, nous avons décidé d'accélérer la mise en oeuvre de notre stratégie de concentration sur nos activités de base", a expliqué le directeur général Vikram Pandit.

La traduction juridique, fiscale et réglementaire d'une telle réorganisation va être extrêmement complexe, a reconnu la banque, mais, dans sa gestion, la réforme va être appliquée immédiatement et les comptes du deuxième trimestre seront présentés en accord avec cette nouvelle organisation.

Les activités saines regroupées au sein de Citicorp réuniront les filiales du groupe dans la banque d'investissement, la banque privée, les services aux institutions financières, la banque de détail et l'activité de carte de crédit. La nouvelle structure restera donc une banque universelle sur le mode européen, avec une présence dans plus de 100 pays. "Grâce à la réduction de ses risques et à la réorganisation de ses métiers, nous nous attendons à ce que Citicorp soit une entreprise à haute rentabilité et à croissance élevée", a souligné la banque américaine.

Citi Holding regroupera les autres activités de l'ex-"supermarché de la finance", jugée non essentielle par M. Pandit. L'objectif sera de "maximiser la valeur" de ces actifs, en "saisissant les possibilité de cession ou de fusion lorsqu'elles se présente", a expliqué Citigroup.

Dans Citi Holding seront logés la participation de 49% dans la nouvelle filiale de distribution de produits financiers aux particuliers Morgan Stanley Smith Barney, formée cette semaine avec la banque d'affaires Morgan Stanley. Y figueront aussi les activités japonaises Nikko Cordial et Nikko AM, l'activité d'assurance de Primerica, les activités de crédit à la consommation et les actifs à risques couverts par la garantie de l'état américain.

Dans un autre communiqué, Citigroup a reconnu implicitement que l'adoption de cette réorganisation avait été houleuse: un de ses administrateurs a démissionné et d'autres départs sont envisagés au sein du conseil d'administration, a-t-elle dit sans identifier les personnes concernées.

Dans le cadre de ses efforts de réorganisation, le groupe a supprimé 29.000 emplois au quatrième trimestre et 52.000 sur l'ensemble de l'année écoulée, dont une partie à travers des cessions d'actifs, comme celle de ses actifs de banque de détail en Allemagne au Crédit mutuel.