Un texte de Roald Sieberath, multi-entrepreneur, coach de start-up et venture partner pour LeanSquare, professeur invité à l’UCL et à l’UNamur.

L’attention, le focus, est sans doute la denrée la plus rare, la plus précieuse, et la plus nécessaire à un entrepreneur.

J’ai déjà, dans d’autres chroniques, parlé du besoin de résister aux relances incessantes des notifications (LJE #57). Rares en effet celles qui sont vraiment indispensables. Ou de s’octroyer du deep work, un espace-temps de travail profond, à l’abri de ces distractions et interruptions (LJE #78)

Si cette recherche du focus est difficile pour un entrepreneur, elle l’est peut-être encore davantage pour un coach ou un investisseur. Pour occuper ces rôles, je suis évidemment bien conscient qu’une partie de mon boulot consiste précisément à partager mon attention entre divers projets. Et il y a une partie que je ne cesse de trouver enthousiasmante, dans mon travail : celle de rencontrer des gens généralement brillants, souvent motivés, toujours enthousiastes, à partager leur idée, leur projet.

Et l’on se retrouve, qu’on le veuille ou non, à avoir un pouvoir indirect sur le projet et l’entrepreneur : selon qu’il apprécie ou pas le projet, la parole du coach est parfois perçue comme un oracle. Et selon sa personnalité, l’entrepreneur va balayer votre objection, ou au contraire va la considérer avec grande attention, ou parfois y être indifférent.

Il arrive aussi qu’un entrepreneur qui vous parle, qui vous pitche à l’improviste à un salon (comme VivaTech la semaine dernière), qui vous demande une minute, puis vous en prend cinq, puis quand vous lui dites que ça suffit et que vous souhaitez passer à autre chose, revient encore par la fenêtre, pour en remettre une couche.

Ce que ces gens ne semblent pas réaliser, c’est qu’ils ne sont pas seuls, et que le même coach ou investisseur aura déjà été sollicité trente fois sur l’après-midi, par des gens plus ou moins respectueux de son temps. Pour user d’une métaphore technologique, c’est venir accaparer une (trop large) partie de la "bande passante" disponible. Parfois c’est avec les meilleures intentions, et en amenant de l’information qu’il juge utile. Mais ça monopolise toujours la même bande passante….

J’avoue que ma patience s’amenuise, vis-à-vis de ces gens. Pour pouvoir continuer à simplement fonctionner, à donner de l’attention aux autres, il faut parfois drastiquement diminuer la capacité à monopoliser certains canaux.

En coupant récemment l’accès messenger (d’un ami de surcroît), j’ai eu le sentiment de récupérer un espace bien salutaire. Soyons conscients de notre bande passante : celle que l’on donne, et celle que l’on prend.

R.

roald@roald.com