Depuis quelques temps déjà, la Belgique a ses deux codes en matière de corporate governance : le code Lippens pour les sociétés cotées et le code Buysse pour les sociétés non cotées. Reste maintenant à les appliquer. Et c'est là que l'Institut des administrateurs (IdA), issu de l'école de management Vlerick School, veut jouer un rôle. «L'Institut a besoin de se positionner dans ce paysage en plein développement», a expliqué hier Lutgart Van den Berghe, general manager de l'IdA. Toutefois, celle que l'on surnomme parfois la «papesse du corporate governance », joue la carte de la prudence. Elle met en garde contre les «attentes irréalistes», notamment par rapport aux présidents de conseil et aux administrateurs indépendants. Elle qui est aussi administrateur indépendant dans quelques sociétés belges de taille comme Electrabel et Belgacom.

A l'entendre, il ne faut pas voir les administrateurs indépendants comme des «superpersonnes qui peuvent changer les superproblématiques». Pour les indépendants, il peut aussi être difficile d'avoir accès à toute l'information ou à pouvoir la décrypter. D'où une éventuelle réflexion à avoir sur la manière dont ils peuvent être épaulés.

Quant à l'idée de l'avocat Christian Van Buggenhout (curateur de la Sabena) de créer un «pool» d'administrateurs indépendants payés collectivement, elle la trouve «irréaliste».

Dans ce rôle de suivi des deux codes, l'IdA veut travailler sur six niveaux (gouvernance interne, relations avec les actionnaires, responsabilité sociale,...). Notamment via des formations, l'IdA veut ainsi inciter les entreprises «à s'organiser» afin d'éviter que des dispositions légales soient prises. «Je pense qu'on a besoin d'une période pour prouver que cela marche», a insisté hier Lutgart Van den Berghe.

Tout comme un certain nombre d'acteurs, tels que la FEB, elle pense qu'une loi en la matière ne serait pas la bienvenue. Car, chaque entreprise a ses spécificités (actionnariat morcelé ou de référence,...). «L'entreprise type n'existe pas.»

Mais elle reconnaît que cette période d'adaptation ne peut durer indéfiniment. «Il ne faudra pas cinq ans pour répondre au code Lippens», ajoute-t-elle.

Divergences d'opinions

Autre sujet de préoccupation de l'Institut: les discussions sur un éventuel rapprochement avec l'organisation francophone, la Fondation des administrateurs. Malgré de nombreuses réunions, un accord n'a toujours pas pu être obtenu. Parmi les divergences de positionnement, la structure des membres. L'IdA, qui est aussi soutenu financièrement par un certain nombre d'entreprises, tâche d'intégrer des membres soit de manière individuelle soit en tant qu'institutionnels. La Fondation fonctionne davantage comme un «cercle» d'administrateurs. Autre distinction: l'Institut fait des recherches (pour lesquelles il a besoin de fonds) contrairement à la Fondation. De plus, cette dernière voudrait mettre sur pied un système de certification pour les administrateurs. Ce qui n'est pas l'optique de l'Institut qui trouve cela «réducteur». D'après Lutgart Van den Berghe, la fonction d'administrateur ne se résume pas à une question de connaissances. D'après elle, la «dynamique de groupe» peut être «incroyable».

© La Libre Belgique 2005