Entretien

A priori, le câblo-opérateur bruxellois Coditel - qui compte 135 000 clients TV à Bruxelles, Laeken, Molenbeek, Anderlecht, Neder-over-Hembeek, Haeren, Watermael-Boitsfort, St-Josse, Wemmel et Drogenbos - paraît un peu isolé entre Telenet d'un côté (1,7 million de clients TV en Flandre et à Bruxelles) et Voo de l'autre (1,3 million de clients TV en Wallonie et à Bruxelles). Mais n'allez surtout pas dire à Pascal Dormal, qui dirige Coditel Belgique et Luxembourg depuis un an, que sa société est le "petit Poucet" du câble belge.

"Coditel n'est ni petit ni isolé !, s'exclame-t-il. Au contraire, nous sommes plus grands que Telenet et Voo. Et, à vrai dire, c'est surtout ce dernier qui me paraît isolé". Et Pascal Dormal de rappeler que sa société fait partie du groupe Altice, qui est le plus grand câblo-opérateur d'Europe, avec notamment 4 millions de clients en France (sous la marque Numéricâble) et 3,4 millions aux Pays-Bas. "Le fait d'être intégré dans Altice permet à Coditel d'afficher des meilleures marges que Telenet et certainement que Voo dans la mesure où nous pouvons acheter les décodeurs, les équipements réseaux et les chaînes TV à un prix moins élevé que nos concurrents", explique Pascal Dormal, qui précise que Coditel peut également s'appuyer sur les call centers français et tunisien d'Altice pour ses clients francophones.

Pour illustrer cet avantage concurrentiel, Coditel s'apprête à augmenter le débit de ses offres Internet, avec un accès "light" qui passe de 1 à 3 mégabits par seconde (Mbps) et l'offre "Speedclick" qui passe de 20 à 30 Mbps. Soit mieux que les 20 Mbps proposés par Belgacom pour le... printemps 2008. "Le câble offre toujours plus de possibilités que le cuivre", affirme Pascal Dormal, qui précise que Coditel est actuellement en train de tester des connexions à 100 Mbps auprès d'une trentaine de clients à Bruxelles.

Une offre sur le foot ?

Le directeur de Coditel ajoute également que sa société est aujourd'hui la seule à avoir une offre "triple play" (télévision + téléphonie fixe + Internet) à moins de 40 euros, comme cela se fait en France. "Pour le même prix, nos concurrents n'offrent que deux de ces trois produits, que ce soit la télévision et l'Internet ou la téléphonie et l'Internet", dit-il.

N'est-ce pas frustrant du coup de ne compter que quelques dizaines de milliers de clients en Belgique ? Quelles sont encore les possibilités d'expansion de Coditel sur le marché belge, après son échec dans la course au rachat des câblos wallons ? "Tout d'abord, il convient de dire que dans notre zone d'activités, il y a encore pas mal de gens qui n'ont pas le câble, soit parce qu'ils piratent le signal soit parce qu'il s'agit de populations allochtones qui ont le satellite. Si nous poursuivons nos efforts vers ces deux catégories - aujourd'hui, nous proposons déjà treize chaînes TV arabes par exemple -, nous pensons pouvoir attirer quelques dizaines de milliers de clients supplémentaires", répond Pascal Dormal. "En ce qui concerne d'éventuelles acquisitions en Belgique, il est clair qu'Altice se concentre plutôt sur d'autres possibilités en Europe, étant donné que le câble reste un marché très fragmenté dans la plupart des pays voisins. Ce qui ne nous empêche pas de rester à l'affût de ce qui va se passer en Wallonie dans les mois et les années à venir. Je pense en effet que tôt ou tard, Voo aura besoin d'un partenaire privé pour poursuivre son expansion".

Pour le directeur de Coditel Belgique, les différents câblos belges ont tout intérêt à s'allier pour faire face à Belgacom, qui est pour lui leur "seul vrai concurrent". On pense notamment au dossier des droits télé du foot belge, qui va se renégocier à la fin de cette saison. "Il est clair que, vu notre taille en Belgique, nous ne serons pas l'élément moteur d'une éventuelle offre sur le foot belge mais si Telenet nous demande d'y contribuer, nous serons certainement intéressés", dit-il, tout en précisant que "les choses sont par contre un peu moins claires du côté de Voo".

A noter enfin que Coditel discute aussi avec des opérateurs mobiles pour lancer une offre GSM à l'avenir. En France, Altice vient de signer un accord de ce type avec Bouygues Télécom.