Le premier créateur de services numérique au monde (Google) retire au deuxième fabricant de smartphones au monde (Huawei) sa licence. Le tout sur fond de guerre économique entre Donald Trump et Pékin. Quelles implications dans notre quotidien ? Décryptage en 5 points.

C'est une bombe. Google vient de casser le contrat qui le lie (en tant que fournisseur de services numériques, comprenez l'OS Android et les applications de l'écosystème Google - YouTube, Gmail,...) avec le deuxième plus gros vendeur de smartphones au monde : le Chinois Huawei. La filiale de Huawei, Honor, est, par effet collatéral, elle aussi concernée par cette mesure choc. Décryptage d'un coup de tonnerre qui fera date et de ses conséquences pour les utilisateurs actuels et futurs de smartphones Huawei.


Pourquoi Google casse-t-il la licence d'Huawei ?

Tout est géopolitique dans cette décision, qui fait suite à une demande protectionniste récente de l’administration Trump, en guerre commerciale patente avec Pékin. Donald Trump a en effet interdit la semaine dernière aux groupes américains actifs dans les télécoms de commercer auprès de sociétés étrangères jugées néfastes pour la sécurité nationale. Une mesure qui cible notamment Huawei, bête noire de Washington. Google a précisé, "simplement se conformer à la loi."

Huawei figure, de fait, nommément dans une blacklist d'entreprises suspectes (aux yeux des USA) auprès desquelles on ne peut commercer qu'après avoir obtenu un feu vert des autorités, établie par le ministère américain du Commerce.

En frappant Huawei, Donald Trump fait mal à la Chine entière. Parce que Huawei n'est pas qu'un vendeur de smartphones: équipementier réseau, acteur moteur du déploiement de la 5G, constructeur d'infrastructures... L'entreprise chinoise est partout dans l'industrie Télécoms.

C'est vraiment la catastrophe pour Huawei ?

Si Google répudie Huawei sur du long-terme, oui, sans l'ombre d'un doute. Retirer une licence Google à un fabricant de smartphone, c'est lui ôter l'accès au Google Play Store (où chaque jour des millions de téléchargements d'applications ont lieu), aux services Google (YouTube, Gmail, Maps,...) ainsi qu'aux mises à jour de l'OS Android qui fait "tourner" le smartphone. 

© GOOGLE

Cela signifie que, pour l’heure, aucun nouveau smartphone Huawei ou Honor ne pourra être vendu avec les services Google pré-installés. Ce qui contraindrait le géant chinois à développer son propre OS, éventuellement sur base de la version open source d’Android (AOSP) à laquelle tout le monde a accès. Une coquille, non pas vide, mais largement moins remplie que l'expérience Android officielle... Il resterait alors d'énormes chantiers : développer son propre store d'applications, pallier les manques de YouTube, Gmail, etc. C’est tout un écosystème à créer, et c'est extrêmement coûteux et risqué. Donc potentiellement bien plus néfaste pour l'avenir de la marque que voir l'un de ses modèles phares retiré du commerce pour cause d'explosions de la batterie par exemple...

J'ai actuellement un smartphone Huawei... Qu'est ce que ça implique pour moi ?

Cette mesure concerne le monde entier, pas seulement les Américains. C'est tout le drame de Huawei, modeste aux États-Unis, mais énorme en Europe. Il s'agit d'une licence d'exploitation mondiale. Pas de panique toutefois : si vous avez déjà un smartphone Huawei, c'est confirmé : vous conserverez les services Google qui y tournent actuellement. Goolge l'a lui même précisé.

Seule inconnue: comment les futures mises à jour d'Android vont-elles être poussées vers votre mobile ? Il n'est pas à exclure qu'elles ne soient tout simplement plus proposées sur le parc Huawei existant... A moins que Huawei ne rétrograde votre version Android sous la version Open Source... exempte des fameux services Google qui ont pignon sur rue.

© HUAWEI

Google est-il le seul à lâcher Huawei ?

Non. Il faut aussi noter que si la décision de Google fait beaucoup de bruit, elle n'est pas isolée : Intel, Qualcomm, Xilinx et Broadcom, tous fondeurs de puces et processeurs, ont eux aussi, d'après Bloomberg, stoppé net leurs relations avec le géant chinois, à la suite de la même directive. Et Qualcomm, fondeur de puces pour Huawei, ce n'est pas rien (même si la firme fabrique elle même ses processeurs, les fameux Kirin).

Un retour en arrière est-il possible ?

D’après Reuters, il est possible que le Département du Commerce revienne sur sa décision afin qu’elle "n’implique pas les contrats en cours", et ne porte donc que sur les contrats qui seront signés dans le futur. Mais cette décision fait office de levier tellement puissant pour Trump qu'il est difficile de l'imaginer rétropédaler sur ce dossier... L'affaire implique tellement d'enjeux économiques (tant pour le groupe Chinois que ses millions de consommateurs) qu'une issue positive est évidemment espérée par le plus grand nombre...

© AFP