Vu la crise aux Etats-Unis où il réalise l'essentiel de son chiffre, le groupe Delhaize a dû, en juillet, revoir à la baisse ses prévisions pour 2008. Lundi, en présentant les résultats des six premiers mois de l'année, son CEO, Pierre-Olivier Beckers, a confirmé la nouvelle fourchette de croissance annuelle des revenus (de 3 à 4,5 pc au lieu des 4 à 5,5 planifiés en mars dernier). C'est que, depuis le printemps, le contexte s'est fameusement dégradé. Ceci dit, il en faut plus pour ébranler le capitaine : "Ce n'est pas", déclare-t-il "parce qu'il y a tempête qu'il faut oublier la destination finale." Et d'illustrer la métaphore en rappelant des axes stratégiques plus que jamais maintenus dans la tourmente, l'idée étant d'assurer à court terme tout en continuant à miser sur le long terme.

L'environnement immédiat est difficile. Au 2e trimestre 2008, en comparaison de la même période en 2007 et à taux de change réels, les revenus du groupe ont maigri de 7,5 pc. La chute est de 6 pc à l'échelle du semestre. A taux de change identiques, on parlerait d'augmentations respectives de 2,6 et 3,7 pc. "Le consommateur a moins confiance, donc il dépense moins", confirme le patron. Mais diverses mesures permettent au groupe de se maintenir.

En Belgique, deux vagues de réductions de prix ont été opérées en janvier et en mai qui commencent à porter leurs fruits. "C'est un succès", insiste Pierre-Olivier Beckers. "Nous voyons clairement que les consommateurs ne se tournent pas systématiquement vers le discount : tant au 2 e qu'au début du 3 e trimestre, nos transactions augmentent ainsi que notre chiffre d'affaires et nos parts de marché." La tendance doit être soutenue par le renforcement de la communication sur les prix (avec des annonces sur les parkings...).

Comment financer ces réductions, alors précisément que les marges s'effritent ? Grâce au succès grandissant des marques propres et à d'autres décisions, déjà évoquées, visant à réduire les coûts. Soixante millions d'euros d'économie sont ainsi annoncés pour cette année grâce aux mesures et synergies planifiées sur les trois continents (1) où Delhaize est actif. Pour stimuler l'activité à court terme, une attention particulière continue également à être apportée à l'assortiment "qui doit coller aux attentes des clients."

Grâce à cela, la politique à long terme reste entreprenante. Deux exemples : les ouvertures de magasins (lire ci-contre) et les fill-in acquisitions. "La crise actuelle pourrait créer des occasions", estime le CEO. "Tout le monde n'a peut-être pas investi assez pour y faire face."

Le 1er avril dernier, le groupe a déjà clôturé l'acquisition de Plus Hellas en Grèce dont 29 magasins seront convertis en Alfa-Beta (son enseigne grecque). En Grèce, entre le 1er semestre 2007 et le 1er semestre 2008, les revenus de Delhaize ont bondi de 14,7 pc. Le 31 mars 2008, il a aussi conclu un accord pour compléter son réseau roumain en acquérant les 14 supermarchés de La Fourmi. Roumanie et Indonésie ont, eux, enregistré 32 pc de revenus supplémentaires au premier semestre.

(1) Europe (Belgique, Roumanie, Grèce), Asie (Indonésie) et Amérique du Nord (Etats-Unis).